Camp de Canjuers

 

CAMP  DE  CANJUERS

Présentation par l’Armée

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france culture : « Canjuers, la montagne réquisitionnée » (première diffusion 25/12/2018)

 

ANECDOTES  TRIGANÇOISES…

La première, « La Verrerie de Trigance »…par Christian VARAGNAC

 Campagne de La Verrerie et Canjuers

Un grand morceau de Trigance manque à l’appel. Toute la partie sud, presque un tiers du territoire communal, a été expropriée par l’Armée et fait partie depuis un demi-siècle du camp militaire de Canjuers dont l’accès est interdit ou très réglementé.

Cette partie sud de Trigance est, ou il faudrait presque dire était, sur Canjuers. C’est un grand plateau de parcours à moutons, de roches et de forêts. Depuis toujours, Canjuers isole Trigance et les communes voisines de la douce agitation du littoral et de la Moyenne Provence. Canjuers, c’est déjà un peu les Alpes, ou du moins les Préalpes du Sud.

Ce plateau calcaire d’aspect aride, pratiquement vide d’hommes et percé de gouffres a façonné la spécificité de notre village aussi fortement que la proximité des gorges du Verdon et de l’Artuby. Canjuers comprend notamment le grand Plan et le petit Plan, deux vastes étendues plates, à 800 mètres d’altitude. Elles sont longues l’une de 12 kilomètres, l’autre de 5 kilomètres, et elles sont dominées par de petites chaînes de montagne : le Grand Margès (1577 mètres) au nord, la Correiasse à l’ouest, la Serrière de Lagne, le Collet de l’Aigle, et au sud la Barjaude… Les « plans » dénudés (il en existe en fait bien plus de deux) alternent avec des forêts où dominent le chêne pubescent, le pin sylvestre et, sur les pentes sud, le pin d’Alep. Canjuers, c’est un paysage ouvert, parfois minéral, de type karstique unique en Provence.

Quatorze villages du Haut Var ont vu leur territoire amputé du fait de la création du camp militaire, le plus grand d’Europe occidentale. L’un d’eux, Brovès, a été totalement rayé de la carte (décret du 4 août 1970). Rien que pour Trigance, par delà la montagne de Chastillon, cinq fermes ou hameaux ont été vidés de leurs habitants.

Mais quelles fermes !… Des centaines d’hectares perdus au milieu de rien, vivant principalement de l’élevage de grands troupeaux de moutons très à l’aise dans cette immensité particulièrement favorable à leur élevage. Les principaux hameaux ou fermes expropriés dépendant de Trigance étaient Estelle, Clumes, Bridze, Combau, et…La Verrerie…! Il n’en reste plus que quelques ruines, et un souvenir tenace, parfois un peu amer, dans notre mémoire collective. Quelquefois les maisons ont été détruites à la demande même des propriétaires le jour de l’expropriation.

Voici justement le récit d’une ancienne habitante de la « campagne » de La Verrerie.

Le dimanche 7 mars 2021, jour de la Sainte Félicité, je suis allé visiter Madame Raymonde PEBRE. Ses parents et elle ont été expropriés en 1971 de leur campagne : La Verrerie de Trigance.
Les plus proches voisins étaient la famille BERNARD, métayers, établie à Pra Guillen, commune de Comps sur Artuby, les habitants du Logis Neuf et de Ruez.
J’ai vu une personne encore très affectée par ce départ. Cela fait donc 50 ans cette année qu’ils ont quitté leur ferme, contraints et forcés.
La famille s’établit alors à Castellane, mais ils ne se sont pas habitués à leur nouvelle vie et à leur nouvel environnement. Les parents n’ont jamais acceptés le déracinement. Le chagrin a précipité leur fin de vie. Entre temps, Madame Raymonde PEBRE s’est mariée et est venue habiter au Logis du Pin.

Cette campagne avait une superficie de 330 hectares d’un seul tenant. On y pratiquait surtout l’élevage ovin, mais une basse cour venait compléter leur cheptel et assurait ainsi un complément alimentaire en procurant aussi un modeste revenu financier. Cette propriété, sans eau ni électricité, avait été achetée en 1922 par ses grands-parents. Il y avait une magnifique forêt de chênes, et une production de truffes assez conséquente. Malheureusement, à cette époque, ce qui devait devenir « l’or noir » ne représentait rien et n’engendrait aucun revenu.
Les premiers signes d’une future installation d’un camp militaire se sont manifestés à la fin des années 40. Mais, occupés à leur labeur et par manque d’informations (très peu de moyens de communication), ils ne se doutaient pas que quelqu’un pouvait leur ôter leur bien le plus précieux, la terre nourricière. Comme me disait madame PEBRE  » le pire n’est jamais sûr ». Et pourtant ……

De temps en temps quelqu’un passait et leur disait : « ces jours ci, il va y avoir des manoeuvres », alors parfois ils voyaient un camion, des militaires, ou personne. L’armée possédait un camp d’entraînement depuis les années 20, à proximité de Brovès, entre le col de la Glacière et celui du Bel Homme. Alors, si les militaires débordaient, ce n’était pas bien grave.
On sait ce qu’il en est advenu…

Madame PEBRE, bien qu’habitant sur le territoire de Trigance, allait à l’école à Comps sur Artuby distante de 8 kilomètres en passant par Saint Bayon. Elle était pensionnaire. Elle faisait depuis l’age de 6 ans le trajet, le plus souvent à pied, été comme hiver, par beau temps ou en affrontant les intempéries, deux fois par semaine: le samedi soir pour rentrer à la maison et le dimanche soir, de temps en temps le lundi matin, pour aller à l’école. Ensuite, son père a eu une voiture. Cela a facilité les déplacements.
Son plus grand bonheur était quand son père pouvait venir la chercher le samedi à Comps avec le cheval pour la ramener à la maison. Pour aller à l’école, elle préférait y aller à pied. Ainsi par la pensée elle restait un peu plus à la maison.
Elle est née à sa campagne de La Verrerie, mais a été enregistrée  « née à La Verrerie de Comps ». Trigance était distant de 20 kilomètres, pour eux ils étaient Compsois. Elle venait une fois par an au « Fief », pour la Fete du 15 août.

De cette époque, elle ne possède plus grand chose : des photos, quelques petits meubles mais pas de verres. Son seul souvenir des verres de La Verrerie, est un tas de débris de verre bleu amassés dans un coin et l’interdiction de les toucher au risque de se couper.