Trigance à travers la Culture

Même si elle a aujourd’hui perdu un peu de sa superbe, la commune de Trigance fut longtemps l’un des phares culturels de cette partie du Haut Var.

Avec l’Été Théâtral, bien sûr, qui illumina pendant près de 25 ans l’arrière pays varois (cf « l’aventure de l’Été Théâtral » ), mais aussi à travers nombre d’artistes qui tombèrent littéralement sous le charme de ce village.

Dès le début des années 60, l’éditeur, illustrateur et poète, Ilia ZDANEVITCH dit ILIAZD, ami de PICASSO et compagnon de route des dadaïstes, acheta une maison rue de la Bote et, à partir de ces années-là, se forma un groupe de peintres talentueux venus d’horizons divers avec en figure de prou Robert BIAGIOLI, né à Nancy en 1923, mais aussi Anne-Marie GUYADER, Christian MEIZE, Robert PATIER et Marcel CAULA qui vient de nous quitter ce 10 janvier 2022, constituant ce que d’aucun ont appelé « l’école de peinture de Trigance ». S’y ajoutèrent ensuite Bernard LATTAY et Juliette MEIZE.

Grâce à l’action d’Alain CROZALS, une grande rétrospective eu lieu au musée des ATP de Draguignan entre le 15 avril et le 15 octobre 2013. Elle faisait suite à l’exposition de juillet 2010 dans la salle Louis Castillon de Trigance, « 50 ans de peinture à Trigance », elle-même exportée à Saint-Julien-du-Verdon en juin 2011 et à la maison du Parc du Verdon durant les mois de juillet-août à Moustiers-Sainte-Marie.

Parallèlement, au mois de juillet 2013, le sculpteur Dominique MERCY proposa une superbe exposition de ses œuvres au hameau de Saint-Maymes où il officie. Il est bon de savoir qu’il est l’auteur de l’étonnant barreaudage qui sécurise la tribune de l’église Saint-Michel.

Outre Juliette MEIZE, la relève artistique est aujourd’hui assurée localement avec les sculpteurs Christel SCHLIERKAMP, installée à la ferme de La Sagne à côté du musée du Savoir-Faire, et Michel GIULIANO dans son « atelier du chien qui tousse ».

TRIGANCE  À  TRAVERS  LA  CULTURE

A travers la peinture et la sculpture :

d’hier :

Sébastien BOURDON

«  Né à Montpellier le 2 février 1616 d’un père peintre verrier protestant, il est envoyé enfant dès 1623 à Paris chez l’un de ses oncles, sans doute afin d’échapper aux troubles qui agitent alors le Languedoc, théâtre d’une reprise des guerres de religion où s’affrontent troupes royales et camp réformé dirigé par le duc de ROHAN. De son apprentissage auprès d’un certain Barthélémy, peintre qui n’a pu être identifié avec certitude, on ne sait rien, si ce n’est le génie précoce de Sébastien. Il aurait commencé à peindre ses premières œuvres à l’âge de quatorze ans, et serait parti pour un périple provincial peu après 1630. Après avoir peint une voûte à fresque pour un château du bordelais, la tradition dit que faute de commande, il se serait engagé à Toulouse auprès d’un capitaine qui, amateur d’art, aurait apprécié le talent du jeune homme au point de le libérer de son contrat et de l’aider financièrement à reprendre son voyage. Ce qui est certain, c’est qu’il est de retour à Paris en 1636 puisqu’il figure sur la liste des artistes employés dans les châteaux royaux sous le nom de Sébastien BOURDONY et qu’il reçoit un pécule « pour supporter les frais du voyage et séjour qu’il va faire en Italie».

Entre Toulouse et son retour à Paris, BOURDON est-il passé par la Provence avant de remonter vers la capitale par la vallée du Rhône ? L’orthographe variable de son patronyme, cette mention « Bourdony » de 1636, ne fait-elle pas écho au « Bourdoun » que l’artiste inscrit sur la toile de Trigance deux ans plus tôt ?  Bourdoun est la traduction littérale en languedocien de BOURDON, désignant tout aussi bien l’insecte, le bâton de pèlerin ou le jeu d’orgue. Or, ainsi que le rappelle Jacques THUILLIER, « Toute sa vie, BOURDON s’est présenté comme natif de Montpellier et fidèle à sa patrie ».

Le Rosaire de Trigance, l’une de ses rares œuvres signées (ici selon la prononciation méridionale…) et datées, inaugure sa carrière par une commande destinée à une modeste confrérie de paroisse.

Si la composition imposée par le sujet n’est guère originale, la touche de l’artiste de dix-huit ans s’affirme déjà ; elle est aisée, tantôt délicate et appliquée, tantôt brillante et enlevée. On y voit les caractéristiques graphiques et colorées que l’on retrouvera dans les œuvres qui lanceront sa brillante carrière parisienne dès son retour de Rome.

(Extrait de l’article Le tableau du Rosaire de l’église de Trigance (Var) : redécouverte d’une œuvre de jeunesse signée de Sébastien Bourdon. Laurent Hugues, conservateur des monuments historiques à la DRAC PACA )

   

Sibour Julien ROUVIER

Né le 17 janvier 1862 à Trigance (Var) où il décède le 15 avril 1901 à l’âge de 39 ans.
Cultivateur à l’origine, il se tourna vers le métier de tailleur de pierre et réalisa plusieurs sculptures conservées dans le village, une étonnante Marianne, une croix en pierre qui surmontait à l’origine la chapelle Saint-Roch (depuis,en juin 2021 placée à gauche de l’entrée de l’église paroissiale Saint-Michel), ainsi que son propre buste devant le musée des Voûtes.

Ilia ZDANEVITCH, dit ILIAZD

Né à Tiflis en Tbisissi en 1894. Poète lié dès le début des années 1910, à Saint-Pétersbourg, aux grands peintres de l’avant-garde russe,  GONTCHAROVA, LARIONOV, mêlé aux activités du futurisme et pratiquant le Zaoum ou langue transrationnelle ; arrivé à Paris en octobre 1921 où il fréquenta notamment SIMA et les époux DELAUNAY et côtoya les dadaïstes, il y publie en 1923 un livre remarquable et singulier : Ledentu le Phare. Resté en France, il éditera plus tard quelques très beaux livres illustrés, en collaboration avec Max ERNST, MASSON, GIACOMETTI, PICASSO et d’autres artistes.

Amoureux du haut pays varois qui lui rappelait ses paysages de Géorgie, il achète, dans les années 60, une maison à Trigance, rue de la Bote, surnommée la « maison du russe » par les habitants de la commune.
Il meurt à Paris le 25 décembre 1975 et est inhumé avec son frère dans le carré géorgien du cimetière de Leuville-sur-Orge dans le département de l’Essonne.(renvoi sur vidéos YouTube)

Anne-Marie GUYADER, Robert BIAGIOLI, Christian MEIZE, Robert PATIER…

      

   

Marcel CAULA

…et d’aujourd’hui :

Dominique MERCY
Christelle SCHLIERKAMP
Michel GIULIANO
Juliette MEIZE

 

A  travers  la  littérature

“Voyage à Trigance” de Jean EICHER dit LOISEAU (éditions La Dogana)

« (…) Nous avons remonté la pauvre rue silencieuse. Dans les maisons en très mauvais état, nous avons entrevu quelques habitants furtifs et difformes, et nous sommes arrivés sur une petite place, au café – une seule pièce obscure et malpropre -, où Ilias a voulu que nous prenions un apéritif avant d’aller découvrir ses demeures. Nous étions les seuls clients, servis par un patron revêche et bougon. Pourtant, une feuille de papier punaisée sur la porte annonçait que pour deux jours Trigance était en fête. L’affiche était rédigée à la main et d’une belle écriture (…)
Sur la place éclairée par une ampoule suspendue à l’unique arbre, il y avait une piste de danse, faite de quelques planches raboteuses, un peu en pente. Au-delà d’une corde, debout, les deux musiciens, une clarinette et un banjo, jouaient par cœur et sans répit des airs indéfinissables. Pourtant, en écoutant avec attention, on penchait pour retrouver des chansons connues, mais jouées à l’envers, comme dans un miroir.
Sur la piste de danse, il y avait deux personnes petites et bossues qui, les bras tendus, se tenaient par les épaules, empêchées de s’enlacer par la trop grande inclinaison de leurs visages vers le sol. On aurait dit un couple sans tête cherchant son chemin à tâtons, avec les pieds. Malgré cette difficulté, le couple parcourait le plancher en tous sens, infatigablement. Ses évolutions étaient suivies par une dizaine de spectateurs qui ressemblaient beaucoup aux danseurs, ou ne s’en distinguaient guère que par la possession d’un important goitre.
(…) L’heure de la messe est arrivée et nous nous sommes rendus à la fête votive. La petite chapelle souterraine, dédiée à saint Roch, se trouvait un peu en avant du village, au bord du chemin par lequel nous étions arrivés le jour d’avant.
Si le soleil et la beauté du matin nous avaient donné un nouveau regard pour apprécier les maisons d’Ilias, cela ne modifia en aucune façon notre vision des habitants de Trigance. Leur aspect restait aussi lamentable et triste que lors du bal. Pourtant, quand nous les avons vus tous là agenouillés et recueillis, nous avons été saisis d’une grande tendresse et compassion pour eux.
(…) Pour son sermon, le prêtre (…) prit beaucoup plus de temps et navigua au plus près pour aborder le sujet primordial à Trigance: il comprenait bien la dureté de l’isolement, de la solitude et le besoin d’amour, mais il mettait en garde contre le danger de rester dans le creuset familial, contre la trop grande intimité des cousinages, d’ailleurs interdits. Mais aller à plus proche encore, oh!mes frères !… Enfin, après plusieurs autres exhortations, ce fut l’Amen.
(…)
(Extrait du “Voyage à Trigance”)

La revue Verdons (éditée par l’association Pays et Gens du Verdon)

   

N° 1 Balades (Guy BURLET)

N° 9 Patrimoine architectural de Trigance (Marielle LIONS – photos Gilbert SUZAN)

N° 11 Bergers (1 photo de Trigance de Catherine TOUSSAINT)

N°13 L’aiga (L’eau à Soleils  Catherine TOUSSAINT)

N°16 Étoiles (Histoire d’Estelle  Jacques CRU)

N°17 Marcher (Guy BURLET  Caçaire lieux de Trigance cités)

N°25 L’eau, le soleil, le vent (article sur les moulins – Genèse  inachevée  œuvres de Dominique MERCY)

N°28 Femmes Fremas  (article Francis MARTEL Trigance et lieux-dits de Trigance)

N°31 L’ En-dessous (Rabassier et Rabasses. Laurent + passion profonde spéléo) (Jean-Paul CODDRETTO)

   

N°39 Sophie AUDIER, passeur de mémoire

N°41 Plumes, Poils etc… abeilles, placard à miel (Robert LIONS) – A. ZÉLIE (Maguy AUDIER)

N° 42 Les minots – une vie de minot à la campagne (Robert LIONS)
Petits Trigançois caladeurs (Sylvie LAMANDÉ) – Enfance de l’art (Dominique MERCY)

N° 45 Cinéma, juste un décor ? (“Les chèvres de ma Mère” film Sophie AUDIER, texte M.J. ALLÈGRE)

   

N° 46 Sentiers chemins et drailles – De Jabron à Trigance

N°49 L’ombre et la lumière (Légende autour de Canjuers, la serp : Robert LIONS)

N°50 Histoires d’amours (Païs ama texte en français, Robert LIONS)

N° 52 Ça va la santé ? (La teleto/La toilette, Robert LIONS)

N°54 A quoi on joue ? (Un rallye? oui mais pédestre Robert LIONS )

N°56 Gavot faber savoir-faire d’ici (Lou gaubi/le bon geste Robert LIONS)

N°57 Verdon à l’encre noire – Disparitions (Negre/noir Robert LIONS)

N°58 L’art ici (1) (Artisto mescouneissu/artistes méconnus Robert  LIONS)

N°59 Verdon RoseMarie et Julien

N°60 L’art ici (2) (Artistes à Trigance)

N°62 Irrationnels – Les royaumes du farfelu – Gountran garisse tout lou tèns ! (Robert LIONS)

   

N°63 Célébration de la pierre  (Sibour Julien ROUVIER, sculpteur amateur de Trigance, Robert LIONS – photos Gilbert SUZAN)

N°64 Réveiller la nuit (L’heure du pain – Médecin le jour, et bien après…- Robert LIONS – photos Paul UCELLI)

N°65 Verdonpark ? Je me souviens des balbutiements du tourisme (Robert LIONS) – De Saint-Maymes à la Grau, un autre tourisme 

   

Les 20 ans de Pays et Gens du Verdon à La Sagne le 12 octobre 2019

“Histoire des Gorges du Verdon” de Jacques CRU (Edisud)

Un article dans le Guide de la Provence mystérieuse (Tchou éditeur)

Un chapitre “Le zèle du préfet HAUSSMANN”  dans Les Mystères du VAR Histoires insolites, étranges, criminelles et extraordinaires” de Charles BOTTARELLI (éditions De Borée)

et la BD…

 

du trigançois Sébastien SELLIER

A travers le cinéma :

 

… le théâtre… :

L’aventure de l’Été Théâtral de Trigance

C’est avec Le bourgeois gentilhomme de MOLIÈRE que se déroule le 23 juillet 1989 la première de l’Été Théâtral de Trigance en collaboration avec le Théâtre National du Luxembourg.

Suivront, le 30 juillet La Matriarche de Gilbert LEAUTIER et le 6 août Les Diablogues de Roland DUBILLARD.

Pendant plus de dix ans, jusqu’à l’été 2001, l’équipe du Théâtre du Luxembourg, mais aussi du Théâtre des Capucins ou du Théâtre Arlequin de Liège vont maintenir ce rendez-vous incontournable pour les amoureux du théâtre avec des auteurs aussi variés que BECKETT,  SHAKESPEARE,  IONESCO,  MUSSET, FEYDEAU,  KAFKA…, mais aussi Jean-Michel RIBES,  Michel TOURNIER, Claude FRISONI ou Guy FOISSY…

   

A partir de 1999 le “XIe Été Théâtral” se déplace au théâtre de verdure de La Sagne avec le 18 juillet Le Menteur de Carlo GOLDONI, le 25 juillet La traversée de l’hiver de Yasmina REZA et le 1er août Le jeu de l’amour et du hasard de MARIVAUX.
Mais le XIIIe Été Théâtral de 2001 sonne le clap de fin pour les comédiens du Théâtre National du Luxembourg qui nous régaleront une dernière fois dans La répétition ou l’amour puni de Jean ANOUILH le 21 juillet, La fin du monde de Sacha GUITRY le 28 juillet et Les affaires sont les affaires d’Octave MIRBEAU le 5 août 2001.

A partir de 2002 un nouveau souffle voit le jour : Le Banquet des Insurgés de la Compagnie ArtScénicum, Un soir dans une auberge avec Giordano Bruno d’André BENEDETTO, Mademoiselle Julie de STRINDBERG ou Cœurs populaires de Jehan RICTUS, vont élargir un public toujours aussi fidèle…

Une Fête de l’Automne sera mise en place offrant, outre un banquet républicain fort apprécié, plusieurs concerts en l’église Saint-Michel dont celui du saxophoniste Bob GARCIA ou du compositeur Miqueù MONTANARO.

   

Après 2004, avec de nouveaux visages et l’appui sans faille de la commune, l’Été Théâtral, pourtant doté d’un matériel technique peu commun et d’une programmation toujours aussi alléchante, notamment avec Romain BOUTEILLE et son Ode à un public malveillant, Caligula d’Albert CAMUS ou La légende noire du soldat O d’André NEYTON, n’ira pas au bout de ses nouvelles ambitions et à partir de 2011, verra son public (et ses partenaires…) déserter peu à peu ce rendez-vous pourtant incomparable, malgré les ultimes efforts de l’association Série Illimitée

 

… et chez nos voisins… spécial copinage :