Histoire

 

  • Les armes de Trigance
  • L’âge du bronze
  • Seigneuries et Seigneurs : chronologie
  • L’Eglise de Marseille et l’abbaye de Saint-Victor
  • Les Templiers et l’Ordre de l’Hôpital
  • Le Moyen-Âge
  • La branche des DEMANDOLX (XVe-XVIIIe siècle)
  • la branche des VALBELLE (de 1704 à la Révolution)
  • Les Tiers-Etats et la Révolution
  • Le Coup d’Etat de 1851
  • 1914-1918
  • De l’Occupation à la Libération
  • De l’après-guerre à aujourd’hui
  • La population de Trigance
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Les Armes de Trigance

Les armes de Trigance sont celles de la famille de Demandolx qui régnait sur le village à l’époque de l’enregistrement des armoiries.
Elles sont d’or à trois fasces de sable, au chef gueules chargé d’une main dextre apaumée d’argent, avec pour devise : “PRO FIDE ET REGE” (“Et pour la foi du Roi”).
Elles sont encore différentes sur un vieux cachet décrit par Elzéar de Demandolx-La Palud, vers 1630.
(pour en savoir plus sur les armes de Trigance cliquez ici)

L’Histoire du village

L’âge du bronze (2 500 à 900 av. J.C.)

« la fragile vie sociale se concentre, dans certaines circonstances, en des cités rudimentaires, les oppida. L’oppidum, ou village fortifié, peut occuper un escarpement avec appui sur falaise en à-pic, tels ceux de Trigance (Chastillon), de Saint-Julien au sud-est du territoire de Trigance (Monthiver), de Bagarry (Ruissassou) (…) Quelle que soit la valeur défensive naturelle de son emplacement, le village renforçait sa protection par un ou des remparts de pierres sèches, hauts souvent de 2 ou 3 m. Ses habitants pouvaient, soit y résider en permanence, soit, vivant habituellement dans des grottes ou des cabanes, y chercher refuge en cas de danger. D’ailleurs, les alternances d’époques de paix et de périodes d’invasions ont entraîné à maintes reprises l’abandon des oppida, puis leurs réoccupations. (…) Notre région est habitée par une tribu relativement importante, les Reii, qui a pour capitale l’oppidum d’Alebaece au Ier siècle, Riez aujourd’hui (…), et par deux peuplades plus petites, les Suetri et les Sentii (…) qui ont pour capitales, respectivement, Ducelia (Castellane) et Sanitium (Senez) (…).

Après avoir battu les Voconces, les Allobroges et les Arvernes au cours d’une guerre dure et longue, Rome forme avec les régions conquises la province transalpine que l’on appellera un peu plus tard la Narbonnaise, du nom de sa capitale, Narbonne (fondée en 118 av. J.C.). (…).

Auguste donne à la province son statut définitif en 27 av. J.C.. Les états celtes, respectés dans toute la Gaule, sont partagés en cités à l’italienne dans la Narbonnaise. Le territoire qu’aurait couvert l’ancien état salyen est divisé en quatre colonies : Aix, Saint-Rémy, Digne et Riez. C’est de cette dernière que relève le territoire des villages actuels de Moustiers, La Palud, Rougon, Aiguines et Trigance. Chaque colonie s’administre librement.

Les Suetri (autour de Castellane) (…) et diverses petites tribus des actuels départements des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes, sont les dernières soumises en raison de leur accès difficile dans la montagne. La conquête du pays s’achève en 14 av. J.C. ; un trophée est élevé à La Turbie (an 8 ap. J.C.) pour commémorer l’événement. Avec leur domaine, Auguste crée une nouvelle province, très restreinte : les « Alpes-Maritimes ». Elle comprend la contrée des actuelles villes de Nice, Vence, Castellane, Senez et Digne. La capitale en est Cimiez. (…) » (Sources : Jacques CRU «Histoire des Gorges du Verdon»)

Seigneuries et Seigneurs : Chronologie

TRIGANCE (viguerie de Draguignan)

(Sources : Jacques CRU «Histoire des Gorges du Verdon»)

L’Église de Marseille possède en partie le territoire de l’oppidum de Trigance (813-814)

Abbaye de Saint-Victor, grâce à diverses donations-«restitutions» entre 1035 et 1069

Alsacie, veuve du seigneur de Rougon et Trigance (1247)

Ordre de l’Hôpital, hérite de la précédente (1248)

Fouquet III de Pontevès (début du XIVème siècle)

Jean Ier de Raimondis, dit le Gros, seigneur d’Eoulx, seigneur majeur au milieu du XVème siècle; reconstruit, au moins en partie le château (début XVème siècle)

Guillaume Dauphin, coseigneur (1355)

François Dauphin, coseigneur

Eyriès de Demandolx, par mariage avec Louise de Raimondis, fille de Jean de Raimondis (1461); décédé peu après 1504

Claude de Demandolx, fils des précédents, épouse Louise de Glandevès (1496); tué à la bataille de Pavie (1525)

Jean de Demandolx, fils des précédents; épouse Brigitte-Claudine de Lascaris-Tende (1542)

Melchior de Demandolx, fils des précédents; épouse Diane de Villeneuve-Les Arcs (1581), décédé en 1623

François de Demandolx, fils des précédents; épouse Anne de Simiane de la Coste (1607), décédé en 1653

Claude de Demandolx, fils aîné des précédents; né en 1612; épouse Louise de Vento (1644); mort en 1680 sans postérité

Barthélémy de Demandolx, fils puîné de François de Demandolx et Anne de Simiane; né en 1631; épouse Marguerite-Delphine Vento (1680); mort en 1687

Anne-Marie de Demandolx, fille des précédents; née en 1686; épouse Cosme-Maximilien de Val-belle (1704); morte en 1740

Marguerite-Delphine de Valbelle, fille des précédents; née en 1705; épouse Geoffroy de Valbelle (1723); morte après 1783

Marguerite-Delphine-Alphonsine de Valbelle, fille des précédents; née en 1731; épouse Antoine-Henri de Castellane-Majastres (1745)

L’Église de Marseille et l’Abbaye de Saint-Victor

L’Église provençale avait longtemps connu la prospérité et rayonné d’une large influence comme en témoignent la primatie de l’Archevêché d’Arles et l’essor des monastères Saint-Honorat de Leirins d’une part et Saint-Victor de Marseille d’autre part.

Mais au VIIème siècle vint le déclin.

Les patrices s’étaient saisi de ses biens temporels que Charles Martel avait distribué à ses protégés.

Plus tard la renaissance Carolingienne améliorera sa situation, Charlemagne, en particulier, contribuant à la reconstitution des domaines des Églises d’Arles et de Marseille.

Rédigé en 813-814 sur l’ordre de l’évêque Wadalde, évêque de Marseille, un polyptique énumère les biens temporels de l’Abbaye de Saint-Victor, qui, à cette date appartient à l’Église de Marseille. Le nom de Trigantia y figure parmi les 13 villae mentionnées.

Elle se compose de 8 exploitations agricoles.

4 seulement étaient cultivées par des paysans d’une condition proche de celle du serf; les terres incultes fournissaient des pâturages pour les troupeaux.

L’Abbaye de Saint-Victor devenue, dès 1005, complètement autonome de l’évêque de Marseille, jouit d’une influence temporelle et spirituelle. L’implantation de ses biens, surtout grâce à des donations, s’est largement diversifiée autour des Gorges du Verdon où elle possède de nombreux prieurés, églises, chapelles et domaines.

Leur identification est parfois difficile aujourd’hui car des édifices ont disparu depuis longtemps.

En 1056 l’Abbaye de Saint-Victor acquiert, sous forme de dons, la chapelle de Saint-Maymes, celle de Notre-Dame-de-Saint-Julien (commune actuelle de Trigance), ainsi que le prieuré de Bagarres (commune actuelle du Bourguet).

L’Abbaye de Saint-Victor possède également dans notre région, de très vastes domaines, où moines et paysans se livrent soit à l’élevage de moutons, chèvres, bœufs, porcs, chevaux, ânes et mulets, soit à la culture, de la vigne notamment.

Le cartulaire de Saint-Victor signale d’ailleurs en 1056, l’importance du vignoble de Trigance.

S’ensuit une période obscure en raison de la faible importance des documents qui s’y rapportent.

Les Templiers et l’Ordre de l’Hôpital :

Au XIIe siècle, tandis que s’attiédit la ferveur religieuse dans le monastère de Saint-Victor, l’Ordre du Temple et celui de l’Hôpital, tous deux créés respectivement en 1119 et 1099, constituent désormais de nouveaux foyers d’influence spirituelle.

Fondés en Terre Sainte pour la sauvegarde du tombeau du Christ et pour soigner les pèlerins qui s’y rendent, ces deux Ordres militaires installaient, dès le début du XIIème siècle, au port de Saint-Gilles, en Camargue, une importante maison chargée des liaisons avec le Royaume de Jérusalem.

La rapide expansion des Moines Soldats jusque dans les régions alpines, démontre la profondeur de la foi des Provençaux.

Au XIIe siècle, les Templiers auraient possédé la Commanderie de Saint-Maymes, qui leur sera confisquée en 1308 au moment de leur arrestation.

Le Moyen-Âge

C’est à partir du deuxième tiers du XIème siècle, semble-t-il, que les habitants des villae se sont regroupés sous l’autorité d’une foule de Seigneurs, laïcs ou ecclésiastiques.

A cette époque et jusqu’au XVIIème siècle, les habitants des villae, ainsi placés sous l’autorité d’un Seigneur, vont se rassemblés sur des sites stratégiques. Ce regroupement autour du château seigneurial est à l’origine de la plupart des villages fortifiés. C’est le cas pour Trigance.

Une période obscure et lacunaire nous fait faire un saut dans le temps, jusqu’en 1247, date à laquelle le fief appartient à ALSACIE, veuve du seigneur de Rougon et Trigance

Le 16 janvier 1248, elle fait une donation de tous ses biens, sous réserve d’usufruit, à l’Ordre de l’Hôpital. Les Hospitaliers ont-ils abandonné leurs droits ? Toujours est-il que deux ans plus tard, en 1250, Raimond BERENGER V, seigneur d’Estelle, inscrit dans son testament le titre de «seigneur de Trigance».

En Haute Provence, le village s’identifie généralement à une seigneurie, avec à sa tête un seigneur vassal du Comte comme notamment FOUQUET III de PONTEVES au début du XIVème siècle

Parfois, plusieurs coseigneurs se partagent la juridiction, ainsi, en 1355, Trigance est partagé entre Guillaume et François DAUPHIN .

Certes, l’activité humaine demeure étroitement soumise à la petite féodalité campagnarde centrée sur le château. Néanmoins, quelle que soit leur condition sociale, les Trigançois peuvent participer à des assemblées pour délibérer des questions d’intérêt local. Ainsi, c’est l’ensemble de la population qui, en 1355, décide la reconstruction de l’église paroissiale à Trigance.

Si les paysans semblent discuter avec leur seigneur afin de prendre certaines décisions, il reste que l’institution généralisée dans la région au XIVème siècle, d’un Conseil municipal permanent, élu, renouvelable chaque année, ne paraît pas concerner Trigance.

Plus tard, JEAN Ier de RAIMONDIS, dit le Gros, seigneur majeur au milieu du XVe siècle devient seigneur de Trigance dont il reconstruit en partie le château.

La branche des DEMANDOLX (XVe-XVIIIe siècle)

La famille de DEMANDOLX, qui prouve une filiation suivie depuis le début du XIe siècle en Haute-Provence, a joué un rôle important dans l’histoire de notre région.

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, trois branches de cette même famille possèdent les seigneuries de Trigance, de La Palud et du village de Demandolx (près de Castellane), qui a donné son patronyme à la famille.

A Trigance, de 1461 jusqu’à l’aube du XVIIIe siècle, quelque huit seigneurs du nom de DEMANDOLX se succèdent à la tête du fief, couvrant une période de 243 années…

En outre, à partir de 1480, la famille a donné pas moins de 39 chevaliers à l’Ordre de Malte (anciennement Ordre de l’Hôpital).

Ainsi, dans le port de l’île de Malte, on retrouve aujourd’hui, gravée sur un canon, l’inscription du nom de Trigance.

Le 12 mai 1461, voit le double contrat de mariage entre les famille RAIMONDIS et DEMANDOLX : Jeanne et Louise, filles de JEAN Ier de RAIMONDIS, seigneur d’Eoulx et de Trigance, épousent respectivement Paulet et Eyriès, fils de Barthélémy de DEMANDOLX.

En voici un extrait daté de 1504, rédigé par Antoine LAURENCI, notaire public à Castellane :

«Il est convenu que, comme il est raisonnable, pour supporter les charges du mariage, les demoiselles aient dot; les dites filles se constituent en dot tous les droits présents et à venir sur l’héritage de leur père et mère, et tout ce qui pourrait leur provenir d’autre part. Il est convenu entre les parties que le dit Demandolx doit vêtir les filles de leurs robes nuptiales, selon leur état, quand viendra le jour des épousailles. Il est convenu qu’aussitôt que les coffres seront donnés, le dit Demandolx aura l’administration et le gouvernement de tout l’héritage et des ressources de Jeanne et Louise, et le susdit Demandolx sera tenu et doit payer les dettes et les charges raisonnables qui proviendront du susdit héritage»

Eyriès de DEMANDOLX, fils cadet de Barthélémy de DEMANDOLX, par son mariage avec Louise de RAIMONDIS, devient alors seigneur de Trigance en 1461 jusqu’à sa mort, un peu après 1504.

Claude de DEMANDOLX, succède à son père Eyriès à la tête du fief de Trigance.

En 1496, il épouse Louise de GLANDEVES, fille d’Honoré de GLANDEVES, seigneur de Rousset.

Durant son règne, deux procès l’ont opposé à la communauté de Trigance.

  • Le premier, en 1511, à propos du «droit de pâturage dans le défens et les prés seigneuriaux après la fenaison. Ce droit dont la communauté Trigançoise aurait joui depuis longtemps, faisait déjà l’objet d’une instance.

    Sans attendre le jugement, Claude de DEMANDOLX avait fait gager les particuliers dont les bêtes paissaient dans ses prés et lorsqu’il n’a pu agir contre les hommes, absents, il a fait assigner leurs femmes dans son château. Lors de l’enquête qui suivit un témoin attesta qu’un jour, tandis qu’il gardait les vaches dans le défens, près du château, le seigneur serait venu à lui, le menaçant en ces termes : «Gardas vou ben de botar las vacquas d’enfra devens, car non voly, aver brega, ambe nous homes ni ausi pane ambe degun autre.» (Jacques CRU – Histoite des Gorges du Verdon)

  • Le second en 1513 : Les paysans de Trigance avaient l’habitude de porter moudre leur blé à Comps. Claude de DEMANDOLX fait construire un moulin sur son territoire et exige que ses sujets y amènent leurs grains, contre redevance bien sûr. La population n’ayant pas voulu s’y résoudre, entreprend la construction de son propre moulin. Furieux, le seigneur, à la tête d’une troupe d’inconnus, armés d’épées, de javelots, d’arbalètes et de couleuvrines, détruit aussitôt le moulin de la communauté.Il aurait ensuite confié à son homologue d’Eoulx : «Je viens de rompre le moulin de mes villains… J’ay eu de gent d’Aix et de Salernes, tretous bien en poinct à force de jevellines et colobrines.»

    La suite des documents ayant disparu, nous ne connaissons pas le dénouement de l’affaire

Plus tard, Claude de DEMANDOLX participe aux guerre d’Italie, lors de la première invasion de la Provence, en 1524. Il meurt à Pavie l’année suivante tandis que François Ier se constitue prisonnier. Sa mort violente semble à l’image de sa vie.

Deux ans après la défaite de Pavie, François Ier reprend la guerre et seule la Paix des Dames en 1529 suspendra les hostilités.

A travers ses épreuves et ses inquiétudes, le pays de Provence n’a cessé de prouver sa loyauté. Il a accordé des subsides extraordinaires pour soutenir l’effort de guerre, mais, au cours des fréquentes réunions des États en Aix, les députés ont pris conscience de la valeur de leur concours, se sont habitués à mener une vie publique active et discutent les mesures proposées par le gouvernement royal et la nomination des agents de l’ État. Leur indocilité réveille l’instinct autoritaire et unificateur de la monarchie française.

Quand Jean DEMANDOLX succède à son père en 1525, François Ier promulgue l’Édit de Joinville, par lequel la Provence, perdant une partie de son autonomie, est intégrée aux cadres généraux de l’organisation judiciaire et financière du royaume. Elle se trouve de ce fait prête à recevoir toute l’administration royale et ses officiers. Quatre ans plus tard, le 15 août 1529, l’Ordonnance de Villers Cotterets prescrit la tenue et la rédaction en français des registres de l’État civil et des actes officiels. Si son objectif est de limiter l’importance du latin, elle aura pour effet dans la région de porter atteinte à la langue provençale.

Cependant le Parlement de Provence, créé à Aix par Louis XII (roi de France de 1498 à 1515), voit ses attributions élargies et devient l’instance suprême.

Jean de DEMANDOLX bénéficie en 1541 de la protection de François Ier, ce qui lui permet de conserver ses droits féodaux en terre de Trigance.

Melchior de DEMANDOLX, fils aîné de Jean de DEMANDOLX, épouse Diane de VILLENEUVE-LES ARCS en 1581 et devient seigneur de Trigance après la mort de son père à une date indéterminée.

Son règne coïncide avec les guerres de religion qui s’étalent en Provence entre 1559 et 1596.

Il ne semble pas que Melchior de DEMANDOLX y est pris une part active. Néanmoins, la communauté a souffert des désordres : en 1595, elle est accablée de contributions de guerre.

Durant toute sa vie, le seigneur semble avoir entretenu de bons rapports avec ses sujets.

En 1614, il autorise la communauté à jouir pleinement des terres du Défens : cueillette des glands, pâturages… «tout l’aglan qui sera dorsanavant au Deffens et bois des Moulières et Pas de Avers… appartiendra à la communauté pour le pouvoir disposer à son playsir et volonté, même de le vendre, faire dépaître ou cueillir… sans que le seigneur ou les siens y puissent mettre aucun bétail ni propre ni d’autruii».

De plus, composé de trois consuls, deux auditeurs des comptes et trois examinateurs, le Conseil, en 1586, institue un bureau de santé, dans lequel siégeait le seigneur au côté des trois consuls.

Soucieux du développement économique du pays, il suscite l’idée de la création d’une verrerie à Estelle.

Il meurt en 1623, et est inhumé le 27 février en l’église paroissiale.

François de DEMANDOLX, fils de Melchior de DEMANDOLX et Diane de VILLENEUVE, a épousé Anne de SIMIANE de La COSTE en 1607, et hérite du fief de Trigance à la mort de son père en 1623.

Son règne est marqué par des troubles auxquels il devra faire face.

La réunion du Comté de Provence et du Royaume de France a enlevé son indépendance au premier mais pas son autonomie. Or cette autonomie, voulue par les États assemblés à Aix et jurée solennellement par Charles VIII, a été quelque peu bafouée par François Ier. Néanmoins elle subsiste en partie lorsque Armand du Plessis, Cardinal de Richelieu, entreprend son entreprise de centralisation de l’État.

Son ambition est de détruire les puissances provinciales pour renforcer celle du roi. Le bouleversement des guerres de religion, les querelles princières qui secouent le royaume entre 1614 et 1621, ont fait perdre au pays l’habitude d’obéir imposée par François Ier.

En 1628, lorsqu’une nouvelle épidémie de peste frappe la Provence, le seigneur et sa communauté, solidairement, prennent des dispositions pour protéger le village.

Finalement le fléau épargne Trigance.

En même temps que la peste, une grave crise de subsistance accable les Trigançois.

Les récoltes sont largement déficitaires. La disette menace et le Conseil doit emprunter au seigneur pour acheter du blé. Pour le remercier, il décide de faire un «présent honorable» à François de Demandolx, à l’occasion du mariage de sa fille aînée, Gabrielle de Demandolx, avec Melchior de Rafélis, seigneur de Brovès.

En 1635, pour manifester une nouvelle fois sa reconnaissance, le Conseil offre au seigneur une trentaine de jeunes brebis, car «il nous a toujours protégé de tout son pouvoir».

Il souhaite également «le supplier de nous estre toujours bon amy».

De plus, lorsqu’en 1640, la communauté veut se dégager de ses dettes avant le délai de huit ans fixé par un édit royal, les consuls obtiennent du seigneur l’autorisation de défricher les forêts. Les terres de Siounès et de Chagon sont partagées, et chaque famille peut disposer de la récolte des glands.

Pendant ce temps, la guerre de Trente Ans se poursuit.

Après la mort de Richelieu, Mazarin reprend les hostilités contre les Espagnols en Italie, et réunit une flotte à Toulon. Les opérations occasionnent déplacements de troupes et charges militaires. La communauté de Trigance, en 1646, doit loger pendant dix-huit jours une compagnie de cavalerie. Contraint de verser cinquante sept sous et demi par jour à chacun des cavaliers malgré «la grande nécessité et pauvreté des habitants», le Conseil est dans l’obligation de contracter un emprunt.

De 1649 à 1653, la Fronde Provençale sème le désordre dans les campagnes.

François de Demandolx entreprend des démarches auprès du Comte d’Alais, gouverneur de Provence, qui est en conflit avec le parlement d’Aix.

Parallèlement, le seigneur œuvre de concert avec le Conseil de la communauté pour assurer la protection des habitants. En outre, le Conseil désigne des hommes qui doivent chaque soir monter la garde et veiller à la sécurité du château où François de Demandolx veut bien «retirer tous ses subjects et bagage» par crainte des gens de guerre «attendu des divers parties qui sont en Provence».

A la fin de 1649, François de Demandolx reçoit un présent de trois cents livres.

La population lui manifeste ainsi sa reconnaissance pour «ses bons et agréables services» et ses démarches qui lui ont valu la protection du Comte de Provence.

Le seigneur de Trigance ayant toutefois «témoigné n’estre n’être pas satisfaict eu égard à la peine qu’il a prinse», le présent est porté à cinq cents livres !…

Déjà, en 1635, le Conseil avait manifesté sa reconnaissance envers lui en offrant un «trantenier de noverys», brebis d’un an, car «il nous a toujours protégé de tout son pouvoir» et la communauté de «le supplier de nous estre toujours bon amy». (Archives de Trigance).

Par son esprit d’entreprise, son entregent, son sens de la solidarité, François de Demandolx a conquis l’estime de ses pairs et de ses sujets. Son intelligence des choses de l’industrie et sa faculté à comprendre les problèmes sociaux, son goût des décisions et sa manière de coopérer avec le Conseil, en font un dirigeant moderne.

François de Demandolx, comme son épouse Anne de Simiane, meurent en octobre 1653.

Tous deux sont inhumés en l’église paroissiale de Trigance.

Claude de DEMANDOLX-TRIGANCE, fils aîné de François de Demandolx et Anne de SIMIANE, devient seigneur de Trigance en 1653. Alors âgé de 41 ans, il est marié depuis neuf ans avec Louise de VENTO.

Nombreux sont les exemples qui démontrent chez Claude l’absence de cette largeur d’esprit qui avait été l’une des grandes qualités de son père. Ainsi, quelques années après que le seigneur ait été installé dans son château de Trigance, les habitants du village sont déjà en procès, pour un motif inconnu, contre le seigneur.

On s’enlise dans une interminable affaire qui sera jugée à Aix par des arbitres choisis d’un commun accord. Quand la population obtient finalement gain de cause en 1660, le seigneur menace d’interjeter l’appel.

Nous ignorons comment s’est terminée l’affaire, probablement par un compromis.

On notera encore pour l’anecdote, qu’en 1658, le Conseil doit emprunter 200 charges de blé pour la population. Le seigneur s’engage à les lui fournir. Au moment du remboursement, alors que le prix de la charge est de 11 livres, le seigneur prétend se faire payer 13 livres.

Claude de DEMANDOLX meurt sans postérité en 1680. Il est inhumé en l’église paroissiale de Trigance.

Barthélemy de DEMANDOLX, frère de Claude.

Devient seigneur de Trigance à l’âge de quarante-neuf ans. La même année, il épouse Marguerite Delphine de VENTO, âgée de vingt ans environs. Avec la permission de l’évêque de Riez, le mariage est béni dans la chapelle du château de Trigance par Pierre Cartier, curé de la paroisse.

Barthélemy de DEMANDOLX meurt prématurément à l’âge de 57 ans. Il est inhumé le 3 janvier 1688.

Sa fille Anne-Marie de DEMANDOLX épouse de Cosme-Maximilien de Val-belle, lui succédera durant plus de cinquante ans, jusqu’en avril 1740.

En 1703, quand la disette menace encore une fois, pour soulager les plus déshérités, la dame de Trigance donne l’autorisation de défricher les terres possibles dans le Défens de Siounès.

A titre anecdotique, Anne-Marie de DEMANDOLX, propose en 1727, la construction d’une Tour de l’horloge pour laquelle elle paierait le cinquième de la dépense.

La branche VALBELLE (de 1704 à la Révolution)

Par son mariage avec Anne-Marie de DEMANDOLX, fille de Barthélemy de DEMANDOLX et de Marguerite Delphine de VENTO, Cosme Maximilien de VALBELLE devient seigneur de Trigance. Il est également comte de Sainte-Tulle, près de Manosque, tandis que son père est marquis de Tourves.

A l’occasion de cet événement, le Conseil de Trigance tient à offrir au seigneur « un présent convenable eu égard à la faculté des personnes et à la pauvreté de la communauté ».

Le début du XVIIIème siècle coïncide avec la guerre de succession d’Espagne qui engendre une nouvelle invasion de la Provence en 1707.

L’année suivante le Conseil de Trigance envoie, aux fortifications du Var, 20 jeunes gens, de préférence choisis dans les maisons où il y a deux hommes, et auxquels il attribue 2 sous par jour en plus des cinq sous de leur solde.

Quelques années plus tard, la Provence doit affronter une terrible épidémie de peste.

La cité de Trigance prend des mesures de protection : des gardes sont établis aux entrées du village. En 1720, les consuls font célébrer une neuvaine de messes en la chapelle Saint-Roch pour implorer la grâce de Dieu. Le fléau va sévir sur la région de Digne, mais il épargnera Trigance.

Le seigneur Cosme Maximilien de VALBELLE réside à Aix pour ses affaires tandis que sa femme Anne-Marie de DEMANDOLX, habite le plus souvent le château paternel.

En 1723, leur fille, Marie Delphine de VALBELLE, épouse son cousin André Geoffroy de VALBELLE, marquis de Rians et baron de Meyrargues.

Quand les nouveaux mariés, peu après leur union, viennent à Trigance, le Conseil de Trigance délègue les consuls et autres « apparents » pour les accueillir et leur remettre un présent de 200 livres ainsi que 100 livres de « vœux, volailles et autres choses convenables » pour témoigner le respect, la soumission et la « joy » des habitants.

Cependant, le sort de la cité ne s’améliore pas : les récoltes sont mauvaises, la disette menace une fois encore.

Au mois d’avril 1740, Marguerite Delphine de VENTO, la mère d’Anne-Marie de DEMANDOLX, s’éteint à l’âge de 80 ans. Elle est inhumée dans le tombeau des seigneurs dans l’église paroissiale de Trigance en présence des consuls et « d’une multitude de peuple ».

A ce moment-là, sa fille avait déjà affermé, à un bourgeois de Castellane, la terre de Trigance, où elle n’habite plus, tandis que Cosme Maximilien de VALBELLE, occupant à Aix la charge de « Président à mortier », (l’un des postes juridiques les plus important de l’ancien régime), n’y a pratiquement jamais résidé.

Anne-Marie de DEMANDOLX meurt la même année et est enterrée dans le cimetière de la paroisse de Trigance « suivant sa disposition ».

Marguerite Delphine de VALBELLE, ayant épousé son cousin, André Geoffroy de VALBELLE, hérite du fief de Trigance, à la mort de son père, en 1743.

Le nouveau seigneur et son épouse, ne venant que très rarement dans leur seigneurie de Haute-Provence, nomment à leur tour deux fermiers généraux sur la terre de Trigance.

La communauté conserve un attachement certain à ses seigneurs, malgré leur éloignement.

Ainsi, en 1753, lorsque Marguerite Delphine de VALBELLE annonce sa prochaine venue, la fête au village. Le conseil pour lui témoigner son respect ainsi que « la joye et le plaisir de la voir dans le pays », décide de lui offrir 150 poulets, 1 quintal de « beau lard », 1 quintal de « beau et bon jambon » et quatre veaux gras. C’est également l’occasion d’acheter de la poudre pour la bravade qui se déroule au son des fifres et tambourins.

Plus tard, en 1783, lorsqu’une terrible sécheresse détruit la moisson, la population s’en remet à la dame de Trigance dont on a « de tous les temps ressenti les bontés et la charité ».

En effet, les consuls sont chargés de lui exposer la misère du lieu, ils la supplient « de vouloir faire part des ses charités à son village de Trigance ».

Dans le même temps, le conseil achète 25 charges (40hl) de blé, pour distribuer aux Trigançois les plus nécessiteux.

Marguerite Delphine de VALBELLE décède en 1783.

Marguerite Delphine Alphonsine de VALBELLE, fille de Marguerite Delphine et d’André Geoffroy de VALBELLE, hérite de la seigneurie de Trigance, avec son époux Antoine Henri de MAJASTRES, en 1783.

Comme leurs prédécesseurs, les nouveaux seigneurs n’habitent pas leur château montagnard, mais portent parfois quelque attention à leurs lointains sujets. Ainsi, en 1787, la dame de Trigance souhaite affecter la rente de ses 2 000 livres, léguée par sa mère, « à la décharge des tailles des plus pauvres ».

Marguerite Delphine Alphonsine et Antoine Henri de CASTELLANE-MAJASTRES conserveront la seigneurie de Trigance, avec leurs autres fiefs, jusqu’à la révolution, en 1789.

Les Tiers-États et la Révolution

En 1787, deux ministres successifs du Roi Louis XVI, CALONNE et DE BRIENNE, œuvrent à l’institution d’assemblées provinciales dans tout le royaume. Cette décision répond à une revendication politique quasi-unanime en Provence.

Ici se pose alors la brûlante question de la composition des États.

Jusqu’à présent, si les trois ordres (clergé, noblesse, tiers-état), étaient représentés lors des réunions

des États de Provence, le vote « par tête » et non « par ordre », n’a fait qu’avantager la noblesse, de loin la plus nombreuse. D’ailleurs, le pouvoir royal n’est parvenu à réduire ses droits féodaux qu’en lui laissant ses privilèges, dont le plus important était l’exemption d’impôts.

Quant au clergé, étant donné qu’il a amassé sa fortune au cours des siècles, par l’accumulation de dons en principe destinés aux besoins du culte, aux soins des pauvres, à l’entretien des écoles, on ne peut l’assujettir à l’impôt sans se rendre coupable de spoliation.

Les multiples redevances et contributions que ces deux ordres refusent de payer, incombent alors au tiers-état. Aussi, celui-ci, réclame-t-il avec véhémence une répartition plus équitables des charges et l’assujettissement des ordres privilégiés à la fiscalité nationale.

S’il demande la convocation des États, il s’oppose à ce qu’elle se déroule dans sa forme ancienne qui ne tend qu’à renforcer le pouvoir de la noblesse.

C’est déjà la Révolution qui gronde…

Le président des États de Provence, convoque l’assemblée du tiers-état en session extraordinaire au mois de mai 1788, à Lambesc, afin de délibérer des « affaires d’État ».

Le conseil de Trigance propose alors d’élire le député de la viguerie de Draguignan pour le représenter à cette assemblée.

Celui-ci devra dénoncer le fait qu’« honneur et dignité » ne sont réservés qu’au clergé et à la noblesse, seuls « maîtres de la plus grande partie des biens fonds du royaume ».

Il plaidera également pour que ces deux ordres soient assujettis aux impositions du Roi, et pour qu’« à l’avenir, les suffrages du tiers-état ne soient pas étouffés par le nombre ».

L’année suivante, en 1789, les 1er et 2ème consuls de Trigance se rendent à l’assemblée générale des trois ordres de la viguerie de Draguignan convoquée pour « nommer un ou plusieurs représentants du tiers-état à l’assemblée de la province, et pour porter le cahier de doléances, remontrances et plaintes de la communauté ».

Dans tout le royaume, on réclame la convocation des États Généraux.

Face à l’égoïsme et l’incompréhension des privilégiés, les revendications locales se changent en aspirations nationales.

Lorsque le 4 août 1789, les privilèges sont abolis, le conseil de Trigance, évoquant « ce beau jour qui établit la liberté » décide de faire chanter un Te Deum en l’église paroissiale pour manifester « la joie publique ».

Le Coup d’État de 1851

Au lendemain de l’Insurrection de décembre 1851, le Sud-est est exsangue, anéanti, abasourdi.

La répression a été d’une férocité inouïe, démesurée.

Pour notre seul département, 748 varois, dont 8 femmes, sont « transportés » à Cayenne (4) mais surtout en Algérie (744), 1 348 sont « bannis » ou emprisonnés.

En tout, ce sont 3 147 personnes qui seront condamnées.

Le 10 janvier 1852, le Préfet du Var adresse une circulaire à tous les Maires du département : « Messieurs, les emblèmes les plus respectables perdent ce caractère quand ils ne rappellent que de mauvais jours. Ainsi, ces trois mots : Liberté Égalité, Fraternité, forment par eux-mêmes une touchante devise, mais, comme on ne les a vu paraître qu’à des époques troubles et de guerre civile, leur inscription grossière, sur nos édifices publics attriste et inquiète les passants. Je vous prie, en conséquence, de donner des ordres pour faire effacer sans retard cet emblème sur tous les édifices publics de votre commune où il pourrait se trouver »

En 1871, le Var est uniquement représenté par des députés républicains avancés alors que la majorité du pays choisit une nouvelle fois des Conservateurs.

La légende républicaine reprend ses droits :

La référence aux événements de 1851 demeure toujours bien vivace, le culte de la République s’encre de plus en plus : en cette fin de siècle, par le nombre de monuments à la gloire de la Révolution et de la République, le Var est le troisième département de France (après l’Hérault et l’Aude).

La présence de Marianne sur nombre de places de nos communes même les plus reculées en est la preuve incontournable.

Ainsi, à Trigance, le tailleur de pierre Sibour Julien ROUVIER, réalise une curieuse mais imposante Marianne datée de l’an XXV, soit 1895… Sibour a logiquement compté l’an I à partir de 1870 date à laquelle la 3ème République a été proclamée par Léon GAMBETTA le 4 septembre, après la débâcle de Sedan et la fin du Second Empire.

Il est à noter que dans les années 1870, les bustes de Mariannes restent mal vus par les préfets restés conservateurs, surtout quand l’allégorie est coiffée d’un bonnet phrygien. Celle de Trigance est couverte d’un bonnet phrygien très, trop, discret…, entouré d’une couronne de lauriers. Il fait penser plutôt à un pileu, ce bonnet en feutre qui, dans la Rome antique, coiffait les esclaves affranchis.

1914-1918

La « Grande Guerre » amputera Trigance de 22 de ses jeunes hommes engagés sur tous les fronts, de la bataille des frontières en août 1914, en passant par le front de l’Aisne, la bataille de la Marne, l’Hartmannwillerkopf, l’Artois en 1915, l’offensive de Champagne, la bataille de la Somme, la tragédie du Chemin des Dames et Verdun…

Dans sa séance extraordinaire du 28 Décembre 1919, « Monsieur le Président (Monsieur Louis DOSSOLIN Maire) expose à l’Assemblée (Messieurs ANTELME A. Adjoint, DEMANDOLX Adolphe, ROUVIER Joseph, CARTIER Louis, GUICHARD Victorin, GAYMARD Marius, TROIN Antonin, AYCARD Jean-Baptiste, AYCARD Emilien.) qu’il y aurait lieu d’élever un monument commémoratif aux soldats de Trigance morts glorieusement pour défendre la Patrie, et la Commune n’ayant pas de ressources demande au Conseil que pour faire face à ces dépenses, il y aurait lieu de demander une coupe de bois extra-ordinaire au canton du Défends pour l’exercice 1920 ».

Le Conseil Municipal oui l’exposé de Monsieur le Maire l’adopte à l’unanimité, et prie Monsieur le Préfet de vouloir bien l’approuver

L’inauguration de ce monument se déroulera le 27 Août 1922

(Plus de détails dans la rubrique Musées et Edifices “Monument aux morts  guerre 1914-1918”)

De l’Occupation à la Libération

La population de Trigance est de 164 habitants en 1942 (185 en 1936)

Prisonniers de guerre sont au nombre de 5 ; aucun requis au STO ; aucun mort.

Aux élections législatives de 1936, la SFIO a obtenu 43 suffrages contre 2 à la droite.

« Niché au-dessus du plateau et des vallées, ce beau village reste longtemps à l’écart comme la plupart des communes du secteur. Les Italiens n’y viennent jamais et les Allemands une fois, fin juillet 1944. Plusieurs réfractaires ou des «étrangers» s’y cachent. La présence des maquis – AS ou FTP – en 1944 le raccrochent aux événements qui bouleversent le monde. Les FTP sabotent la ligne à haute tension le 1er avril 1944. Alors que les maquis sont dans les environs, les Allemands patrouillent en juillet. Au moment de la libération, le 15 août, le pont de l’Artuby est bombardé par les Américains.

Les responsabilités municipales restent dans les mêmes mains. Le maire, Dossolin, réélu au printemps, démissionne cependant le 26 août 1945. » (Jean-Marie GUILLON – «La Résistance de A à Z»)

Séance du Conseil municipal du 17 juin 1945 :«Au lendemain de la Victoire, le Conseil Municipal de la Commune de Trigance, soucieux de voir poursuivre sans faiblesse et sans complaisance l’épuration de la France.

Considérant que cette épuration doit être accélérée notamment contre les inspirateurs et les chefs de la collaboration.

Considérant que le rétablissement de la moralité publique exige qu’ils soient les premiers et les plus lourdement frappés.

En conséquence et après avoir délibéré il demande qu’en premier lieu l’usurpateur soit jugé sans délai par la haute cour de justice et reçoive le châtiment que mérite ses actes.»

De l’après-guerre à aujourd’hui

Lors de la Séance du 20 avril 1953, le Conseil municipal (dans lequel étaient présents MMr LIONS Marcel, ROUVIER Frédéric, LIONS Louis, PASCAL Isidore, ROUVIER Albert, DOSSOLIN Adrien. Sous la présidence de Mr DOSSOLIN Louis) « Après contact avec le Directeur de l’École,

Décide d’acquérir un apareil cinémathographique (sic) désigné sous le nom de l’Image lumineuse au prix de 95 960F à prendre sur la subvention allouée à cet effet»

De même, le 2 Mars 1954

«Mr le Président (ROUVIER Albert, Maire) expose à l’assemblée (DURIEZ Marius, DOSSOLIN Louis, PASCAL Isidore, ROUVIER Félicien, DEMANDOLS Louis, TROIN Edmond, ROUVIER Frédéric, LIONS Louis, AYCARD Emilien, AYCARD Albert) qu’il y aurait lieu d’acheter une machine à écrire pour les besoins du service et demande au conseil de vouloir bien voter la somme de 46 237F à prendre sur les fonds libres de la commune.»

Et le 24 Mai 1955

«Le Président (ROUVIER Albert, Maire) fait part à l’assemblée (DURIEZ Marius, DOSSOLIN Louis, PASCAL Isidore, ROUVIER Félicien, DEMANDOLS Louis, TROIN Edmond, ROUVIER Frédéric, LIONS Louis, AYCARD Emilien, AYCARD Albert) qu’une souscription nationale est en cours destinée à édifier le Mémorial de la déportation dans le camp de Stucthof en Alsace* et demande au conseil municipal de voter une subvention pour ériger le mémorial.

Le conseil vote à l’unanimité la somme de 1000F.»

*Camp de concentration Natzweiler-Struthof

Le 1er novembre 1954, l’insurrection dans les Aurès est le point de départ de la Guerre d’Algérie, longtemps appelée « événements d’Algérie »…

Il faudra attendre les accords d’Evian du 18 mars 1962 pour mettre fin au conflit et le 3 juillet pour que la France reconnaisse l’indépendance de l’Algérie.

Quatre trigançois y brûlèrent quelques précieux moments de leur jeunesse.

Le château, livré à l’autorité anarchique de la végétation, a servi de carrière de pierres pour bâtir, sinon les maisons du village, du moins les encadrements des portes et des fenêtres.

Malgré l’œuvre du temps, et plus encore des hommes, l’édifice, devenu bien communal, restait néanmoins imposant dans la mélancolie de ses ruines…jusqu’à ce qu’il soit réhabilité dans les années 1960.

M. et Mme HARTMAN, un couple de commerçants, installés au Luc (Var) furent séduits, au hasard de leur promenade dans les Gorges du Verdon, par le village et le château.
C’est alors qu’ils conçurent un projet fou: entreprendre la rénovation de ce formidable amoncellement de pierres pour le transformer en hôtel-restaurant. Après avoir passé un bail emphytéotique d’une durée de 99 ans avec la municipalité, ils procédèrent à de longs travaux, d’une ampleur colossale mais avec des moyens artisanaux. Quelques 900 tonnes de pierres seront ainsi remuées.

À force de travail et de courage, après trois années d’acharnement, les pierres du château renaissent à la vie. Même si toutes les ruines ne sont pas relevées, l’hôtel ouvre ses portes en 1964. Le pari est gagné, un premier pas est franchi pour sauver le monument de l’abandon, de l’oubli.

La deuxième étape est assurée par un nouveau couple, M. et Mme THOMAS, les propriétaires actuels présidant aux destinées du château depuis 1970. Les travaux se poursuivent. La tour sud-ouest, jusqu’alors ensevelie, est entièrement reconstruite, et reliée aux autres par un mur orné de créneaux.

Çà et là, des restaurations, des améliorations, des constructions sont effectuées avec goût dans le respect de l’architecture d’antan. La demeure seigneuriale retrouve ainsi ses lettres de noblesse.
Redevenu fleuron du patrimoine Trigançois, et se posant désormais en agent économique porteur, le château, toutes proportions gardées, a contribué au renouveau de l’essor touristique du village dont il est une des vitrines et l’un des hauts lieux gastronomiques.

Malheureusement pour certains d’entre vous qui souhaiteriez le voir de plus près, le château ne se visite pas.

Le camp de Canjuers est inauguré en 1970

D’une superficie de 35 000 hectares, situé à 24 kilomètres au nord de Draguignan, le polygone de tir de Canjuers doit, selon l’objectif du gouvernement, permettre l’instruction, les manœuvres interarmées et devenir l’un des plus grands camps d’entraînement militaire d’Europe.

Le choix de Canjuers s’impose pour le préfet de l’époque en raison de sa «faible densité humaine au kilomètre carré, dans une région à faible potentiel économique. Cette densité le situe entre le tiers et le dixième de celle des causses du Larzac et du causse Méjean»

En juillet 1989 la France commémore le bicentenaire de la Révolution française.

A Trigance, un arbre de la Liberté est planté dans la cour de l’école en présence du Maire Julien VARAGNAC et du Conseil général Max DEMARIA. Auparavant, le 5 mai 1989, une délégation d’enfants de l’école avait été envoyée à Draguignan pour participer à la remise des cahiers de doléances dans la grande salle du Conseil général.

L’année 1997 voit la création du Parc Naturel Régional du Verdon le 3 mars sur la base d’un réseau écologique européen imposant des contraintes de protection des paysages, de la faune et de la flore…, et le 19 octobre de la même année, une Journée pour des alternatives aux lignes à haute tension rassemble à Trigance plusieurs centaines d’opposants à la ligne THT de 400 KV entre les postes de Boutre et de Broc-Carros.

Avec, entre autres, les parcours admirables d’Ernest MAUREL de 1937 à 1940, puis de 1945 à 1970, ou, de Max DEMARIA de 1985 à 2007, année de son décès, le canton de Comps-sur-Artuby demeura ancré à Gauche depuis l’élection du Républicain Honoré SENGLAR en 1877 jusqu’à sa dissolution, le 29 mars 2015, partagé entre deux intercommunalités, la DPVA (CA Dracénie Provence Verdon) et la CCLGV (CC Lacs et Gorges du Verdon) dont Trigance fait dorénavant partie…

A suivre…

 

 

 

 

 

 

Petite histoire de la population de Trigance…

La Population de Trigance

Vous allez vous promener dans les rues de Trigance du XXIe siècle, nous allons vous en dire un peu plus sur sa population…
Savez-vous que les Trigançois sont actuellement 200 répartis dans le village et les hameaux ?


Mais auriez-vous imaginé
qu’en 1836, ils étaient 672,
qu’en 1872, 504,
qu’en 1926, 223 (grande guerre oblige !) ;
Trigance a touché le fond en 1967 avec 96 habitants.

Au fil de votre promenade, vous allez voir les façades de quelques commerces essentiels (bar, boulangerie, épicerie), vous allez apprendre que vous pouvez loger et manger dans plusieurs établissements de tous niveaux, et vous allez musarder dans quelques boutiques d’objets superflus ! Vous pourrez également profiter des services d’un plombier, d’un maçon et d’un électricien.

Pas mal me direz-vous pour un si petit village !

Mais Trigance a fait mieux :
En 1851, il y avait dix tisserands, trois tailleurs d’habits, trois couturières, un cardeur de laine et dix cordonniers (les chaussures ne devaient sans doute pas durer longtemps !)
Ils étaient huit à se partager les commerces alimentaires -dont un seul cabaretier.
Dans le “bâtiment”, on comptait trois maçons, un peintre, deux tuiliers.
Dans “l’administration” (civile et ecclésiastique confondues) un instituteur, deux employés communaux, un garde-champêtre et un garde forestier, un ecclésiastique, un sonneur de cloches et…… un ermite  !

Sans compter plusieurs agriculteurs, 4 maréchaux-ferrants, un scieur en long et, pour conclure, un fossoyeur !