Histoire

 

  • Les armes de Trigance
  • L’âge du bronze
  • Seigneuries et Seigneurs : chronologie
  • L’Eglise de Marseille et l’abbaye de Saint-Victor
  • Les Templiers et l’Ordre de l’Hôpital
  • Le Moyen-Âge
  • La branche des DEMANDOLX (XVe-XVIIIe siècle)
  • la branche des VALBELLE (de 1704 à la Révolution)
  • Les Tiers-Etats et la Révolution
  • Le zèle du préfet HAUSSMANN
  • Le Coup d’Etat de 1851  (+ archives PNRV)
  • Où l’on parle déjà du transfert de la préfecture
  • 1914-1918
  • De l’Occupation à la Libération
  • De l’après-guerre à aujourd’hui
  • La population de Trigance
  • Toutes les Pages


Les Armes de Trigance

Les armes de Trigance sont celles de la famille de Demandolx qui régnait sur le village à l’époque de l’enregistrement des armoiries.
Elles sont d’or à trois fasces de sable, au chef gueules chargé d’une main dextre apaumée d’argent, avec pour devise : “PRO FIDE ET REGE” (“Pour la Foi et pour le Roi”).
Elles sont encore différentes sur un vieux cachet décrit par Elzéar de Demandolx-La Palud, vers 1630.
(pour en savoir plus sur les armes de Trigance cliquez ici)

L’Histoire du village

L’âge du bronze (2 500 à 900 av. J.C.)

« la fragile vie sociale se concentre, dans certaines circonstances, en des cités rudimentaires, les oppida. L’oppidum, ou village fortifié, peut occuper un escarpement avec appui sur falaise en à-pic, tels ceux de Trigance (Chastillon), de Saint-Julien au sud-est du territoire de Trigance (Monthiver), de Bagarry (Ruissassou) (…) Quelle que soit la valeur défensive naturelle de son emplacement, le village renforçait sa protection par un ou des remparts de pierres sèches, hauts souvent de 2 ou 3 m. Ses habitants pouvaient, soit y résider en permanence, soit, vivant habituellement dans des grottes ou des cabanes, y chercher refuge en cas de danger. D’ailleurs, les alternances d’époques de paix et de périodes d’invasions ont entraîné à maintes reprises l’abandon des oppida, puis leurs réoccupations. (…) Notre région est habitée par une tribu relativement importante, les Reii, qui a pour capitale l’oppidum d’Alebaece au Ier siècle, Riez aujourd’hui (…), et par deux peuplades plus petites, les Suetri et les Sentii (…) qui ont pour capitales, respectivement, Ducelia (Castellane) et Sanitium (Senez) (…).

Après avoir battu les Voconces, les Allobroges et les Arvernes au cours d’une guerre dure et longue, Rome forme avec les régions conquises la province transalpine que l’on appellera un peu plus tard la Narbonnaise, du nom de sa capitale, Narbonne (fondée en 118 av. J.C.). (…).

Auguste donne à la province son statut définitif en 27 av. J.C.. Les états celtes, respectés dans toute la Gaule, sont partagés en cités à l’italienne dans la Narbonnaise. Le territoire qu’aurait couvert l’ancien état salyen est divisé en quatre colonies : Aix, Saint-Rémy, Digne et Riez. C’est de cette dernière que relève le territoire des villages actuels de Moustiers, La Palud, Rougon, Aiguines et Trigance. Chaque colonie s’administre librement.

Les Suetri (autour de Castellane) (…) et diverses petites tribus des actuels départements des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes, sont les dernières soumises en raison de leur accès difficile dans la montagne. La conquête du pays s’achève en 14 av. J.C. ; un trophée est élevé à La Turbie (an 8 ap. J.C.) pour commémorer l’événement. Avec leur domaine, Auguste crée une nouvelle province, très restreinte : les « Alpes-Maritimes ». Elle comprend la contrée des actuelles villes de Nice, Vence, Castellane, Senez et Digne. La capitale en est Cimiez. (…) » (Sources : Jacques CRU «Histoire des Gorges du Verdon»)

Seigneuries et Seigneurs : Chronologie

TRIGANCE (viguerie de Draguignan)

(Sources : Jacques CRU «Histoire des Gorges du Verdon»)

L’Église de Marseille possède en partie le territoire de l’oppidum de Trigance (813-814)

Abbaye de Saint-Victor, grâce à diverses donations-«restitutions» entre 1035 et 1069

Alsacie, veuve du seigneur de Rougon et Trigance (1247)

Ordre de l’Hôpital, hérite de la précédente (1248)

Fouquet III de Pontevès (début du XIVème siècle)

Jean Ier de Raimondis, dit le Gros, seigneur d’Eoulx, seigneur majeur au milieu du XVème siècle; reconstruit, au moins en partie le château (début XVème siècle)

Guillaume Dauphin, coseigneur (1355)

François Dauphin, coseigneur

Eyriès de Demandolx, par mariage avec Louise de Raimondis, fille de Jean de Raimondis (1461); décédé peu après 1504

Claude de Demandolx, fils des précédents, épouse Louise de Glandevès (1496); tué à la bataille de Pavie (1525)

Jean de Demandolx, fils des précédents; épouse Brigitte-Claudine de Lascaris-Tende (1542)

Melchior de Demandolx, fils des précédents; épouse Diane de Villeneuve-Les Arcs (1581), décédé en 1623

François de Demandolx, fils des précédents; épouse Anne de Simiane de la Coste (1607), décédé en 1653

Claude de Demandolx, fils aîné des précédents; né en 1612; épouse Louise de Vento (1644); mort en 1680 sans postérité

Barthélémy de Demandolx, fils puîné de François de Demandolx et Anne de Simiane; né en 1631; épouse Marguerite-Delphine Vento (1680); mort en 1687

Anne-Marie de Demandolx, fille des précédents; née en 1686; épouse Cosme-Maximilien de Val-belle (1704); morte en 1740

Marguerite-Delphine de Valbelle, fille des précédents; née en 1705; épouse Geoffroy de Valbelle (1723); morte après 1783

Marguerite-Delphine-Alphonsine de Valbelle, fille des précédents; née en 1731; épouse Antoine-Henri de Castellane-Majastres (1745)

L’Église de Marseille et l’Abbaye de Saint-Victor

L’Église provençale avait longtemps connu la prospérité et rayonné d’une large influence comme en témoignent la primatie de l’Archevêché d’Arles et l’essor des monastères Saint-Honorat de Leirins d’une part et Saint-Victor de Marseille d’autre part.

Mais au VIIème siècle vint le déclin.

Les patrices s’étaient saisi de ses biens temporels que Charles Martel avait distribué à ses protégés.

Plus tard la renaissance Carolingienne améliorera sa situation, Charlemagne, en particulier, contribuant à la reconstitution des domaines des Églises d’Arles et de Marseille.

Rédigé en 813-814 sur l’ordre de l’évêque Wadalde, évêque de Marseille, un polyptique énumère les biens temporels de l’Abbaye de Saint-Victor, qui, à cette date appartient à l’Église de Marseille. Le nom de Trigantia y figure parmi les 13 villae mentionnées.

Elle se compose de 8 exploitations agricoles.

4 seulement étaient cultivées par des paysans d’une condition proche de celle du serf; les terres incultes fournissaient des pâturages pour les troupeaux.

L’Abbaye de Saint-Victor devenue, dès 1005, complètement autonome de l’évêque de Marseille, jouit d’une influence temporelle et spirituelle. L’implantation de ses biens, surtout grâce à des donations, s’est largement diversifiée autour des Gorges du Verdon où elle possède de nombreux prieurés, églises, chapelles et domaines.

Leur identification est parfois difficile aujourd’hui car des édifices ont disparu depuis longtemps.

En 1056 l’Abbaye de Saint-Victor acquiert, sous forme de dons, la chapelle de Saint-Maymes, celle de Notre-Dame-de-Saint-Julien (commune actuelle de Trigance), ainsi que le prieuré de Bagarres (commune actuelle du Bourguet).

L’Abbaye de Saint-Victor possède également dans notre région, de très vastes domaines, où moines et paysans se livrent soit à l’élevage de moutons, chèvres, bœufs, porcs, chevaux, ânes et mulets, soit à la culture, de la vigne notamment.

Le cartulaire de Saint-Victor signale d’ailleurs en 1056, l’importance du vignoble de Trigance.

S’ensuit une période obscure en raison de la faible importance des documents qui s’y rapportent.

Les Templiers et l’Ordre de l’Hôpital :

Au XIIe siècle, tandis que s’attiédit la ferveur religieuse dans le monastère de Saint-Victor, l’Ordre du Temple et celui de l’Hôpital, tous deux créés respectivement en 1119 et 1099, constituent désormais de nouveaux foyers d’influence spirituelle.

Fondés en Terre Sainte pour la sauvegarde du tombeau du Christ et pour soigner les pèlerins qui s’y rendent, ces deux Ordres militaires installaient, dès le début du XIIème siècle, au port de Saint-Gilles, en Camargue, une importante maison chargée des liaisons avec le Royaume de Jérusalem.

La rapide expansion des Moines Soldats jusque dans les régions alpines, démontre la profondeur de la foi des Provençaux.

Au XIIe siècle, les Templiers auraient possédé la Commanderie de Saint-Maymes, qui leur sera confisquée en 1308 au moment de leur arrestation.

Le Moyen-Âge

C’est à partir du deuxième tiers du XIème siècle, semble-t-il, que les habitants des villae se sont regroupés sous l’autorité d’une foule de Seigneurs, laïcs ou ecclésiastiques.

A cette époque et jusqu’au XVIIème siècle, les habitants des villae, ainsi placés sous l’autorité d’un Seigneur, vont se rassemblés sur des sites stratégiques. Ce regroupement autour du château seigneurial est à l’origine de la plupart des villages fortifiés. C’est le cas pour Trigance.

Une période obscure et lacunaire nous fait faire un saut dans le temps, jusqu’en 1247, date à laquelle le fief appartient à ALSACIE, veuve du seigneur de Rougon et Trigance

Le 16 janvier 1248, elle fait une donation de tous ses biens, sous réserve d’usufruit, à l’Ordre de l’Hôpital. Les Hospitaliers ont-ils abandonné leurs droits ? Toujours est-il que deux ans plus tard, en 1250, Raimond BERENGER V, seigneur d’Estelle, inscrit dans son testament le titre de «seigneur de Trigance».

En Haute Provence, le village s’identifie généralement à une seigneurie, avec à sa tête un seigneur vassal du Comte comme notamment FOUQUET III de PONTEVES au début du XIVème siècle

Parfois, plusieurs coseigneurs se partagent la juridiction, ainsi, en 1355, Trigance est partagé entre Guillaume et François DAUPHIN .

Certes, l’activité humaine demeure étroitement soumise à la petite féodalité campagnarde centrée sur le château. Néanmoins, quelle que soit leur condition sociale, les Trigançois peuvent participer à des assemblées pour délibérer des questions d’intérêt local. Ainsi, c’est l’ensemble de la population qui, en 1355, décide la reconstruction de l’église paroissiale à Trigance.

Si les paysans semblent discuter avec leur seigneur afin de prendre certaines décisions, il reste que l’institution généralisée dans la région au XIVème siècle, d’un Conseil municipal permanent, élu, renouvelable chaque année, ne paraît pas concerner Trigance.

Plus tard, JEAN Ier de RAIMONDIS, dit le Gros, seigneur majeur au milieu du XVe siècle devient seigneur de Trigance dont il reconstruit en partie le château.

La branche des DEMANDOLX (XVe-XVIIIe siècle)

La famille de DEMANDOLX, qui prouve une filiation suivie depuis le début du XIe siècle en Haute-Provence, a joué un rôle important dans l’histoire de notre région.

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, trois branches de cette même famille possèdent les seigneuries de Trigance, de La Palud et du village de Demandolx (près de Castellane), qui a donné son patronyme à la famille.

A Trigance, de 1461 jusqu’à l’aube du XVIIIe siècle, quelque huit seigneurs du nom de DEMANDOLX se succèdent à la tête du fief, couvrant une période de 243 années…

En outre, à partir de 1480, la famille a donné pas moins de 39 chevaliers à l’Ordre de Malte (anciennement Ordre de l’Hôpital).

Ainsi, dans le port de l’île de Malte, on retrouve aujourd’hui, gravée sur un canon, l’inscription du nom de Trigance.

Le 12 mai 1461, voit le double contrat de mariage entre les famille RAIMONDIS et DEMANDOLX : Jeanne et Louise, filles de JEAN Ier de RAIMONDIS, seigneur d’Eoulx et de Trigance, épousent respectivement Paulet et Eyriès, fils de Barthélémy de DEMANDOLX.

En voici un extrait daté de 1504, rédigé par Antoine LAURENCI, notaire public à Castellane :

«Il est convenu que, comme il est raisonnable, pour supporter les charges du mariage, les demoiselles aient dot; les dites filles se constituent en dot tous les droits présents et à venir sur l’héritage de leur père et mère, et tout ce qui pourrait leur provenir d’autre part. Il est convenu entre les parties que le dit Demandolx doit vêtir les filles de leurs robes nuptiales, selon leur état, quand viendra le jour des épousailles. Il est convenu qu’aussitôt que les coffres seront donnés, le dit Demandolx aura l’administration et le gouvernement de tout l’héritage et des ressources de Jeanne et Louise, et le susdit Demandolx sera tenu et doit payer les dettes et les charges raisonnables qui proviendront du susdit héritage»

Eyriès de DEMANDOLX, fils cadet de Barthélémy de DEMANDOLX, par son mariage avec Louise de RAIMONDIS, devient alors seigneur de Trigance en 1461 jusqu’à sa mort, un peu après 1504.

Claude de DEMANDOLX, succède à son père Eyriès à la tête du fief de Trigance.

En 1496, il épouse Louise de GLANDEVES, fille d’Honoré de GLANDEVES, seigneur de Rousset.

Durant son règne, deux procès l’ont opposé à la communauté de Trigance.

  • Le premier, en 1511, à propos du «droit de pâturage dans le défens et les prés seigneuriaux après la fenaison. Ce droit dont la communauté Trigançoise aurait joui depuis longtemps, faisait déjà l’objet d’une instance.

    Sans attendre le jugement, Claude de DEMANDOLX avait fait gager les particuliers dont les bêtes paissaient dans ses prés et lorsqu’il n’a pu agir contre les hommes, absents, il a fait assigner leurs femmes dans son château. Lors de l’enquête qui suivit un témoin attesta qu’un jour, tandis qu’il gardait les vaches dans le défens, près du château, le seigneur serait venu à lui, le menaçant en ces termes : «Gardas vou ben de botar las vacquas d’enfra devens, car non voly, aver brega, ambe nous homes ni ausi pane ambe degun autre.» (Jacques CRU – Histoite des Gorges du Verdon)

  • Le second en 1513 : Les paysans de Trigance avaient l’habitude de porter moudre leur blé à Comps. Claude de DEMANDOLX fait construire un moulin sur son territoire et exige que ses sujets y amènent leurs grains, contre redevance bien sûr. La population n’ayant pas voulu s’y résoudre, entreprend la construction de son propre moulin. Furieux, le seigneur, à la tête d’une troupe d’inconnus, armés d’épées, de javelots, d’arbalètes et de couleuvrines, détruit aussitôt le moulin de la communauté.Il aurait ensuite confié à son homologue d’Eoulx : «Je viens de rompre le moulin de mes villains… J’ay eu de gent d’Aix et de Salernes, tretous bien en poinct à force de jevellines et colobrines.»

    La suite des documents ayant disparu, nous ne connaissons pas le dénouement de l’affaire

Plus tard, Claude de DEMANDOLX participe aux guerre d’Italie, lors de la première invasion de la Provence, en 1524. Il meurt à Pavie l’année suivante tandis que François Ier se constitue prisonnier. Sa mort violente semble à l’image de sa vie.

Deux ans après la défaite de Pavie, François Ier reprend la guerre et seule la Paix des Dames en 1529 suspendra les hostilités.

A travers ses épreuves et ses inquiétudes, le pays de Provence n’a cessé de prouver sa loyauté. Il a accordé des subsides extraordinaires pour soutenir l’effort de guerre, mais, au cours des fréquentes réunions des États en Aix, les députés ont pris conscience de la valeur de leur concours, se sont habitués à mener une vie publique active et discutent les mesures proposées par le gouvernement royal et la nomination des agents de l’ État. Leur indocilité réveille l’instinct autoritaire et unificateur de la monarchie française.

Quand Jean DEMANDOLX succède à son père en 1525, François Ier promulgue l’Édit de Joinville, par lequel la Provence, perdant une partie de son autonomie, est intégrée aux cadres généraux de l’organisation judiciaire et financière du royaume. Elle se trouve de ce fait prête à recevoir toute l’administration royale et ses officiers. Quatre ans plus tard, le 15 août 1529, l’Ordonnance de Villers Cotterets prescrit la tenue et la rédaction en français des registres de l’État civil et des actes officiels. Si son objectif est de limiter l’importance du latin, elle aura pour effet dans la région de porter atteinte à la langue provençale.

Cependant le Parlement de Provence, créé à Aix par Louis XII (roi de France de 1498 à 1515), voit ses attributions élargies et devient l’instance suprême.

Jean de DEMANDOLX bénéficie en 1541 de la protection de François Ier, ce qui lui permet de conserver ses droits féodaux en terre de Trigance.

Melchior de DEMANDOLX, fils aîné de Jean de DEMANDOLX, épouse Diane de VILLENEUVE-LES ARCS en 1581 et devient seigneur de Trigance après la mort de son père à une date indéterminée.

Son règne coïncide avec les guerres de religion qui s’étalent en Provence entre 1559 et 1596.

Il ne semble pas que Melchior de DEMANDOLX y est pris une part active. Néanmoins, la communauté a souffert des désordres : en 1595, elle est accablée de contributions de guerre.

Durant toute sa vie, le seigneur semble avoir entretenu de bons rapports avec ses sujets.

En 1614, il autorise la communauté à jouir pleinement des terres du Défens : cueillette des glands, pâturages… «tout l’aglan qui sera dorsanavant au Deffens et bois des Moulières et Pas de Avers… appartiendra à la communauté pour le pouvoir disposer à son playsir et volonté, même de le vendre, faire dépaître ou cueillir… sans que le seigneur ou les siens y puissent mettre aucun bétail ni propre ni d’autruii».

De plus, composé de trois consuls, deux auditeurs des comptes et trois examinateurs, le Conseil, en 1586, institue un bureau de santé, dans lequel siégeait le seigneur au côté des trois consuls.

Soucieux du développement économique du pays, il suscite l’idée de la création d’une verrerie à Estelle.

Il meurt en 1623, et est inhumé le 27 février en l’église paroissiale.

François de DEMANDOLX, fils de Melchior de DEMANDOLX et Diane de VILLENEUVE, a épousé Anne de SIMIANE de La COSTE en 1607, et hérite du fief de Trigance à la mort de son père en 1623.

Son règne est marqué par des troubles auxquels il devra faire face.

La réunion du Comté de Provence et du Royaume de France a enlevé son indépendance au premier mais pas son autonomie. Or cette autonomie, voulue par les États assemblés à Aix et jurée solennellement par Charles VIII, a été quelque peu bafouée par François Ier. Néanmoins elle subsiste en partie lorsque Armand du Plessis, Cardinal de Richelieu, entreprend son entreprise de centralisation de l’État.

Son ambition est de détruire les puissances provinciales pour renforcer celle du roi. Le bouleversement des guerres de religion, les querelles princières qui secouent le royaume entre 1614 et 1621, ont fait perdre au pays l’habitude d’obéir imposée par François Ier.

En 1628, lorsqu’une nouvelle épidémie de peste frappe la Provence, le seigneur et sa communauté, solidairement, prennent des dispositions pour protéger le village.

Finalement le fléau épargne Trigance.

En même temps que la peste, une grave crise de subsistance accable les Trigançois.

Les récoltes sont largement déficitaires. La disette menace et le Conseil doit emprunter au seigneur pour acheter du blé. Pour le remercier, il décide de faire un «présent honorable» à François de Demandolx, à l’occasion du mariage de sa fille aînée, Gabrielle de Demandolx, avec Melchior de Rafélis, seigneur de Brovès.

En 1635, pour manifester une nouvelle fois sa reconnaissance, le Conseil offre au seigneur une trentaine de jeunes brebis, car «il nous a toujours protégé de tout son pouvoir».

Il souhaite également «le supplier de nous estre toujours bon amy».

De plus, lorsqu’en 1640, la communauté veut se dégager de ses dettes avant le délai de huit ans fixé par un édit royal, les consuls obtiennent du seigneur l’autorisation de défricher les forêts. Les terres de Siounès et de Chagon sont partagées, et chaque famille peut disposer de la récolte des glands.

Pendant ce temps, la guerre de Trente Ans se poursuit.

Après la mort de Richelieu, Mazarin reprend les hostilités contre les Espagnols en Italie, et réunit une flotte à Toulon. Les opérations occasionnent déplacements de troupes et charges militaires. La communauté de Trigance, en 1646, doit loger pendant dix-huit jours une compagnie de cavalerie. Contraint de verser cinquante sept sous et demi par jour à chacun des cavaliers malgré «la grande nécessité et pauvreté des habitants», le Conseil est dans l’obligation de contracter un emprunt.

De 1649 à 1653, la Fronde Provençale sème le désordre dans les campagnes.

François de Demandolx entreprend des démarches auprès du Comte d’Alais, gouverneur de Provence, qui est en conflit avec le parlement d’Aix.

Parallèlement, le seigneur œuvre de concert avec le Conseil de la communauté pour assurer la protection des habitants. En outre, le Conseil désigne des hommes qui doivent chaque soir monter la garde et veiller à la sécurité du château où François de Demandolx veut bien «retirer tous ses subjects et bagage» par crainte des gens de guerre «attendu des divers parties qui sont en Provence».

A la fin de 1649, François de Demandolx reçoit un présent de trois cents livres.

La population lui manifeste ainsi sa reconnaissance pour «ses bons et agréables services» et ses démarches qui lui ont valu la protection du Comte de Provence.

Le seigneur de Trigance ayant toutefois «témoigné n’estre n’être pas satisfaict eu égard à la peine qu’il a prinse», le présent est porté à cinq cents livres !…

Déjà, en 1635, le Conseil avait manifesté sa reconnaissance envers lui en offrant un «trantenier de noverys», brebis d’un an, car «il nous a toujours protégé de tout son pouvoir» et la communauté de «le supplier de nous estre toujours bon amy». (Archives de Trigance).

Par son esprit d’entreprise, son entregent, son sens de la solidarité, François de Demandolx a conquis l’estime de ses pairs et de ses sujets. Son intelligence des choses de l’industrie et sa faculté à comprendre les problèmes sociaux, son goût des décisions et sa manière de coopérer avec le Conseil, en font un dirigeant moderne.

François de Demandolx, comme son épouse Anne de Simiane, meurent en octobre 1653.

Tous deux sont inhumés en l’église paroissiale de Trigance.

Claude de DEMANDOLX-TRIGANCE, fils aîné de François de Demandolx et Anne de SIMIANE, devient seigneur de Trigance en 1653. Alors âgé de 41 ans, il est marié depuis neuf ans avec Louise de VENTO.

Nombreux sont les exemples qui démontrent chez Claude l’absence de cette largeur d’esprit qui avait été l’une des grandes qualités de son père. Ainsi, quelques années après que le seigneur ait été installé dans son château de Trigance, les habitants du village sont déjà en procès, pour un motif inconnu, contre le seigneur.

On s’enlise dans une interminable affaire qui sera jugée à Aix par des arbitres choisis d’un commun accord. Quand la population obtient finalement gain de cause en 1660, le seigneur menace d’interjeter l’appel.

Nous ignorons comment s’est terminée l’affaire, probablement par un compromis.

On notera encore pour l’anecdote, qu’en 1658, le Conseil doit emprunter 200 charges de blé pour la population. Le seigneur s’engage à les lui fournir. Au moment du remboursement, alors que le prix de la charge est de 11 livres, le seigneur prétend se faire payer 13 livres.

Claude de DEMANDOLX meurt sans postérité en 1680. Il est inhumé en l’église paroissiale de Trigance.

Barthélemy de DEMANDOLX, frère de Claude.

Devient seigneur de Trigance à l’âge de quarante-neuf ans. La même année, il épouse Marguerite Delphine de VENTO, âgée de vingt ans environs. Avec la permission de l’évêque de Riez, le mariage est béni dans la chapelle du château de Trigance par Pierre Cartier, curé de la paroisse.

Barthélemy de DEMANDOLX meurt prématurément à l’âge de 57 ans. Il est inhumé le 3 janvier 1688.

Sa fille Anne-Marie de DEMANDOLX épouse de Cosme-Maximilien de Val-belle, lui succédera durant plus de cinquante ans, jusqu’en avril 1740.

En 1703, quand la disette menace encore une fois, pour soulager les plus déshérités, la dame de Trigance donne l’autorisation de défricher les terres possibles dans le Défens de Siounès.

A titre anecdotique, Anne-Marie de DEMANDOLX, propose en 1727, la construction d’une Tour de l’horloge pour laquelle elle paierait le cinquième de la dépense.

La branche VALBELLE (de 1704 à la Révolution)

Par son mariage avec Anne-Marie de DEMANDOLX, fille de Barthélemy de DEMANDOLX et de Marguerite Delphine de VENTO, Cosme Maximilien de VALBELLE devient seigneur de Trigance. Il est également comte de Sainte-Tulle, près de Manosque, tandis que son père est marquis de Tourves.

A l’occasion de cet événement, le Conseil de Trigance tient à offrir au seigneur « un présent convenable eu égard à la faculté des personnes et à la pauvreté de la communauté ».

Le début du XVIIIème siècle coïncide avec la guerre de succession d’Espagne qui engendre une nouvelle invasion de la Provence en 1707.

L’année suivante le Conseil de Trigance envoie, aux fortifications du Var, 20 jeunes gens, de préférence choisis dans les maisons où il y a deux hommes, et auxquels il attribue 2 sous par jour en plus des cinq sous de leur solde.

Quelques années plus tard, la Provence doit affronter une terrible épidémie de peste.

La cité de Trigance prend des mesures de protection : des gardes sont établis aux entrées du village. En 1720, les consuls font célébrer une neuvaine de messes en la chapelle Saint-Roch pour implorer la grâce de Dieu. Le fléau va sévir sur la région de Digne, mais il épargnera Trigance.

Le seigneur Cosme Maximilien de VALBELLE réside à Aix pour ses affaires tandis que sa femme Anne-Marie de DEMANDOLX, habite le plus souvent le château paternel.

En 1723, leur fille, Marie Delphine de VALBELLE, épouse son cousin André Geoffroy de VALBELLE, marquis de Rians et baron de Meyrargues.

Quand les nouveaux mariés, peu après leur union, viennent à Trigance, le Conseil de Trigance délègue les consuls et autres « apparents » pour les accueillir et leur remettre un présent de 200 livres ainsi que 100 livres de « vœux, volailles et autres choses convenables » pour témoigner le respect, la soumission et la « joy » des habitants.

Cependant, le sort de la cité ne s’améliore pas : les récoltes sont mauvaises, la disette menace une fois encore.

Au mois d’avril 1740, Marguerite Delphine de VENTO, la mère d’Anne-Marie de DEMANDOLX, s’éteint à l’âge de 80 ans. Elle est inhumée dans le tombeau des seigneurs dans l’église paroissiale de Trigance en présence des consuls et « d’une multitude de peuple ».

A ce moment-là, sa fille avait déjà affermé, à un bourgeois de Castellane, la terre de Trigance, où elle n’habite plus, tandis que Cosme Maximilien de VALBELLE, occupant à Aix la charge de « Président à mortier », (l’un des postes juridiques les plus important de l’ancien régime), n’y a pratiquement jamais résidé.

Anne-Marie de DEMANDOLX meurt la même année et est enterrée dans le cimetière de la paroisse de Trigance « suivant sa disposition ».

Marguerite Delphine de VALBELLE, ayant épousé son cousin, André Geoffroy de VALBELLE, hérite du fief de Trigance, à la mort de son père, en 1743.

Le nouveau seigneur et son épouse, ne venant que très rarement dans leur seigneurie de Haute-Provence, nomment à leur tour deux fermiers généraux sur la terre de Trigance.

La communauté conserve un attachement certain à ses seigneurs, malgré leur éloignement.

Ainsi, en 1753, lorsque Marguerite Delphine de VALBELLE annonce sa prochaine venue, la fête au village. Le conseil pour lui témoigner son respect ainsi que « la joye et le plaisir de la voir dans le pays », décide de lui offrir 150 poulets, 1 quintal de « beau lard », 1 quintal de « beau et bon jambon » et quatre veaux gras. C’est également l’occasion d’acheter de la poudre pour la bravade qui se déroule au son des fifres et tambourins.

Plus tard, en 1783, lorsqu’une terrible sécheresse détruit la moisson, la population s’en remet à la dame de Trigance dont on a « de tous les temps ressenti les bontés et la charité ».

En effet, les consuls sont chargés de lui exposer la misère du lieu, ils la supplient « de vouloir faire part des ses charités à son village de Trigance ».

Dans le même temps, le conseil achète 25 charges (40hl) de blé, pour distribuer aux Trigançois les plus nécessiteux.

Marguerite Delphine de VALBELLE décède en 1783.

Marguerite Delphine Alphonsine de VALBELLE, fille de Marguerite Delphine et d’André Geoffroy de VALBELLE, hérite de la seigneurie de Trigance, avec son époux Antoine Henri de MAJASTRES, en 1783.

Comme leurs prédécesseurs, les nouveaux seigneurs n’habitent pas leur château montagnard, mais portent parfois quelque attention à leurs lointains sujets. Ainsi, en 1787, la dame de Trigance souhaite affecter la rente de ses 2 000 livres, léguée par sa mère, « à la décharge des tailles des plus pauvres ».

Marguerite Delphine Alphonsine et Antoine Henri de CASTELLANE-MAJASTRES conserveront la seigneurie de Trigance, avec leurs autres fiefs, jusqu’à la révolution, en 1789.

Les Tiers-États et la Révolution

En 1787, deux ministres successifs du Roi Louis XVI, CALONNE et DE BRIENNE, œuvrent à l’institution d’assemblées provinciales dans tout le royaume. Cette décision répond à une revendication politique quasi-unanime en Provence.

Ici se pose alors la brûlante question de la composition des États.

Jusqu’à présent, si les trois ordres (clergé, noblesse, tiers-état), étaient représentés lors des réunions

des États de Provence, le vote « par tête » et non « par ordre », n’a fait qu’avantager la noblesse, de loin la plus nombreuse. D’ailleurs, le pouvoir royal n’est parvenu à réduire ses droits féodaux qu’en lui laissant ses privilèges, dont le plus important était l’exemption d’impôts.

Quant au clergé, étant donné qu’il a amassé sa fortune au cours des siècles, par l’accumulation de dons en principe destinés aux besoins du culte, aux soins des pauvres, à l’entretien des écoles, on ne peut l’assujettir à l’impôt sans se rendre coupable de spoliation.

Les multiples redevances et contributions que ces deux ordres refusent de payer, incombent alors au tiers-état. Aussi, celui-ci, réclame-t-il avec véhémence une répartition plus équitables des charges et l’assujettissement des ordres privilégiés à la fiscalité nationale.

S’il demande la convocation des États, il s’oppose à ce qu’elle se déroule dans sa forme ancienne qui ne tend qu’à renforcer le pouvoir de la noblesse.

C’est déjà la Révolution qui gronde…

Le président des États de Provence, convoque l’assemblée du tiers-état en session extraordinaire au mois de mai 1788, à Lambesc, afin de délibérer des « affaires d’État ».

Le conseil de Trigance propose alors d’élire le député de la viguerie de Draguignan pour le représenter à cette assemblée.

Celui-ci devra dénoncer le fait qu’« honneur et dignité » ne sont réservés qu’au clergé et à la noblesse, seuls « maîtres de la plus grande partie des biens fonds du royaume ».

Il plaidera également pour que ces deux ordres soient assujettis aux impositions du Roi, et pour qu’« à l’avenir, les suffrages du tiers-état ne soient pas étouffés par le nombre ».

L’année suivante, en 1789, les 1er et 2ème consuls de Trigance se rendent à l’assemblée générale des trois ordres de la viguerie de Draguignan convoquée pour « nommer un ou plusieurs représentants du tiers-état à l’assemblée de la province, et pour porter le cahier de doléances, remontrances et plaintes de la communauté ». 

Dans tout le royaume, on réclame la convocation des États Généraux.

Face à l’égoïsme et l’incompréhension des privilégiés, les revendications locales se changent en aspirations nationales.

Le 25 mars 1789, un Cahier de Doléances est rédigé par les représentants de la communauté de Trigance, il devait être ensuite présenté à l’assemblée de la sénéchaussée de Draguignan qui devait rédiger un seul cahier de doléances.

Extrait des registres de la communauté de Trigance.

Transcription

«L’an mille sept cent quatre-vingt-neuf et le vingt-deux du mois de mars après midi au lieu de Trigance et dans la maison de ville, le conseil général de tous les chefs de famille du présent lieu a été assemblé au son de cloche et cris publics et à la manière ordinaire ; en suite des ordres de sa Majesté auquel conseil général autorisé par M. Joseph Rouvier lieutenant de juge ; ont été présents M. Antoine Aicard notaire royal de ce lieu, maire et premier consul, Jacques Cartier maçon, second consul et Jean Cartier ménager troisième consul, etc. (noms de toutes les personnes présentes)

Et tout de suite a été fait lecture des ordres de sa Majesté et des susdits règlements des lettres de convocation de la susdite ordonnance du susdit exploit d’assignation et de sa lettre de M. le lieutenant général de Draguignan du dix-neuf du courant. Par le premier chef de la proposition, le conseil a député à la pluralité des voix Maître Antoine Aicard notaire royal maire et premier consul et sieur Jacques Cartier maçon second consul pour se rendre à l’assemblée général des trois ordres de la sénéchaussée indiqué le vingt-sept du courant dans la ville de Draguignan à l’effet par eux d’y concourir à la nomination d’un ou plusieurs représentants à l’assemblée générale des communautés du Tiers-Etat de la province dans laquelle suivant la constitution du pays doit se faire la députation aux Etats généraux du royaume.

Sur le second le conseil a arrêté que quant aux objets qui intéressent la généralité du royaume, les dits députés qu’aura élu l’ordre du Tiers pour assister et voter aux Etats généraux de France, seront expressément chargés d’y solliciter la réformation du code civil et criminel, la suppression de tous les tribunaux inutiles et onéreux, une attribution à ceux des arrondissements de souveraineté jusqu’au concurrent d’une somme déterminée, l’abrogation de toutes lettres attentatoires à la liberté des citoyens, la faculté à ceux-ci de quelque ordre qu’ils soient, d’y concourir pour tous emplois militaires , bénéfices et charges attributives de noblesse, et d’y réclamer surtout contre la vénalité des offices, les dits députés réclameront en outre une modération dans le prix du sel rendu uniforme dans tout le royaume, comme aussi l’abolition de tous droits de circulation dans son intérieur, et notamment le reculement des bureaux des traites dans les frontières, la suppression du haut clergé et de la dîme, l’impôt territorial pris en nature.

Quant aux affaires relatives et particulières à la province, le conseil charge par exprès ceux qui sont ses représentants à l’assemblée en la ville de Draguignan d’insister à demander au meilleur des rois la convocation générale des trois ordres de la province pour former et réformer la constitution du pays, d’y réclamer à sa justice qu’il soit permis aux communes de se nommer un syndic avec entrée aux Etats, de s’élever contre la perpétuité de la procédure et contre la permanence de tout membre non amovible, ayant entrée en l’état des choses , entrée aux dits Etats, comme aussi de requérir l’exclusion des mêmes  Etats des magistrats et de tous officiers attachés au fisc, déclarant en ordre le conseil que quant à tous autres objets, soit généraux pour le royaume soit particuliers à cette province et s’en référer absolument au cahier général qui sera dressé dans le chef-lieu d’après les vues de la prochaine assemblée, soit encore à celui que l’ordre du Tiers déterminera lors de sa réunion pour l’élection de ses députés aux Etats généraux, approuvant  dès à présent tout ce qui sera fait et arrêté soit dans l’assemblée du chef-lieu soit dans celle des communautés et vigueries. Ainsi que dessus a été délibéré et se sont tous les chefs de famille sachant écrire soussignés Rouvier lieutenant de juge.

Signatures.

 Contextualisation

 « Testament de l’ancienne société française (…)  monument unique dans l’histoire »(1), les cahiers de doléances des États généraux de 1789, ont été rédigés séparément par chacun des trois Ordres dans une assemblée générale. Les conditions exactes de la rédaction des cahiers des doléances, plaintes et remontrances des communautés sont encore mal définies. Si l’on en connaît certains auteurs, comme les frères Sieyès à Fréjus, on ignore comment ceux-ci travaillèrent exactement. Les cahiers furent souvent préparés à l’avance par un petit groupe, puis soumis à l’assemblée des chefs de famille des communautés. A de très rares exceptions près, comme à Toulon, La Valette ou Artigues, on n’y relève aucune trace des agitations populaires qui secouèrent durement la région au même moment. Les rédacteurs s’inspirèrent fréquemment des modèles imprimés diffusés largement dans le royaume, mais rares furent les cahiers intégralement recopiés ; au contraire, presque chacun s’individualisa, retint les doléances qui touchaient de près les habitants, paysans ou citadins, et les développa à sa façon. Les premiers mots des cahiers, unanimes, étaient les témoignages d’un amour et d’une confiance extrêmes envers Louis XVI, le « meilleur des rois », le père de la nation, qui avait su comprendre les aspirations de son peuple à plus de justice et qui faisait appel à lui. Toutefois, l’on voit apparaître quasi unanimement l’exigence du consentement des sujets à l’impôt, dans le cadre de la tenue prochaine des états généraux. Le premier objet des revendications paysannes portait sur les droits seigneuriaux ou féodaux car ils faisaient vivre les seigneurs aux dépens des paysans.

  Dès janvier 1788, ce fut surtout le Tiers provençal qui revendiquait l’égalité de tous devant les charges fiscales, nationales ou provinciales. En effet, en Provence, la taille pesait sur les terres et non sur les personnes, et se répartissait en théorie plus équitablement, mais il lui semblait préférable le principe de l’impôt territorial, sans exemption possible. Était aussi réclamée la fin des impôts indirects, telle la gabelle du sel, honnie de tous, ou le piquet, taxe municipale sur les denrées, établie en remplacement de la taille par certaines villes de Provence comme Marseille ou Toulon, La Seyne ou Le Luc. Second objet sujet à réforme malgré le profond attachement de la Provence à ses pratiques religieuses : celle du clergé. Notamment l’abolition de la dîme trop lourde et injustement répartie, la suppression des membres inutiles du clergé (religieux réguliers et chapitres fournis), la réforme de l’organisation ecclésiastique mettant au service des pauvres les biens du haut clergé et réformant les mœurs de celui-ci. Nombreuses étaient aussi les plaintes sur le thème de la justice : cherté, lenteur, incompétence et vénalité des juges donc partiaux, châtiments inhumains … Les cahiers des doléances, malgré le caractère rural, parfois très isolé des communautés qui les ont rédigés, laissent souvent apercevoir, au détour d’un article ou de leur préambule, des aspirations très « philosophiques », dans l’acception courante du terme du XVIIIe  siècle. L’influence des notables sur la rédaction des cahiers ne peut être niée.     

(1) Tocqueville, L’ancien Régime et la Révolution.

Lorsque le 4 août 1789, les privilèges seront abolis, le conseil de Trigance, évoquant « ce beau jour qui établit la liberté » décide de faire chanter un Te Deum en l’église paroissiale pour manifester « la joie publique ».

Le zèle du préfet HAUSSMANN

Avant d’être le bâtisseur moderniste, le grand urbaniste de Paris, le baron Georges HAUSSMANN a été, en tant que préfet du Var de février 1849 à juin 1850, un serviteur zélé de Louis-Napoléon BONAPARTE, un relais dévoué du prince-président, surtout soucieux de pourchasser tout individu manifestant des sentiments républicains un peu trop affirmés.

Quand il prend ses fonctions, le nouveau pouvoir est en place depuis deux mois, et le gouvernement est essentiellement composé d’anciens royalistes, ce qui constitue au minimum un beau malentendu, puisque le nouveau régime se dit « IIe République ». Le Var se distingue en élisant à l’Assemblée constituante une liste composée uniquement de républicains. Il convient donc de nommer dans ce département un préfet à poigne qui saura contrôler les débordements.

Désigné le 24 janvier 1849, HAUSSMANN entre en fonction le 5 février. Il va vite se lancer dans une chasse aux maires, en direction de ceux qui font preuve d’indépendance d’esprit envers le pouvoir. Plus de quinze maires ou adjoints seront ainsi suspendus par ses soins, le gouvernement se chargeant ensuite de transformer ces suspensions en exclusions définitives. Quinze, ce n’est certes pas une majorité, mais HAUSSMANN compte -la suite prouvera qu’il n’a pas tort – sur la valeur d’exemplarité de ces cas.

Ainsi, on trouve dans le Recueil des actes administratifs de la préfecture du Var, année 1850, l’arrêté pris contre le maire de Trigance. HAUSSMANN a sauté sur la première occasion qui se présentait pour se débarrasser de ce maire coupable de se trouver à la tête d’une commune où, lors des élections du 10 décembre 1848, les électeurs avaient massivement voté en faveur de CAVAIGNAC reléguant Louis-Napoléon à la portion congrue, alors que le restant du canton avait choisi largement le futur empereur.

« Vu la loi du 21 mars 1831 et le décret du 3 juillet 1848,

« Attendu que le maire de Trigance s’est abstenu de paraître et même de se faire représenter aux opérations qui ont eu lieu cejourd’hui à Comps pour la vérification des travaux de recensement et le tirage au sort des jeunes gens de la classe de 1848 appartenant au canton de ce nom ;

« (…) Attendu qu’en négligeant de se rendre à la convocation qu’il avait reçue ou de déléguer son adjoint ou, à défaut, un conseiller municipal pour s’y rendre à sa place, le maire de Trigance a manqué gravement à ses devoirs ;

« ARRÊTE :

« Art. 1er. Le sieur LIONS Joseph, maire de Trigance, est suspendu de ses fonctions ;

« Art. 2. Il remettra immédiatement l’administration de la commune au sieur PAUL Joseph, son adjoint.

« Fait à Comps le 5 mars 1850. »

Il est à noter qu’après le départ d’ HAUSSMANN, il n’y eu plus de suspension de maire. La machine à impressionner avait bien fonctionné, et HAUSSMANN avait bien mérité de son seigneur et maître.

(Extrait du livre de Charles BOTTARELLI Les Mystères du VAR Histoires insolites, étranges, criminelles et extraordinaires aux éditions De Borée)

Le Coup d’État de 1851

En réaction au coup d’État du 2 décembre 1851, en Provence, mais aussi dans la vallée du Rhône, en Bourgogne, dans le Jura ainsi que dans une partie du Sud-Ouest, les républicains s’insurgent et marchent vers les préfectures. Le Var se soulève en partie et c’est à Aups que se termine l’aventure, le matin du 10 décembre (…).

Peu de répercussion dans le canton : à Comps, le 24 octobre 1852, le maire Étienne COLLOMP, assisté de son conseil, commente ainsi les événements, dans le registre des délibérations : « Monsieur le Maire consulte la réunion pour connaître l’opinion individuelle de chaque membre relativement à la proclamation que toute la France exprime en ce moment au sujet du rétablissement de l’Empire.

Le conseil reconnaît que le Prince Napoléon a bien mérité de sa patrie et il a la confiance qu’avec la protection de Dieu qui se manifeste d’une manière visible en la faveur de son altesse impériale pour le bonheur de la France. Le conseil municipal, organe de tous les habitants, émet le vœu que le président prenne le titre d’Empereur des Français et rende l’Empire héréditaire. La commune de Comps est fière de pouvoir dire que pas un de ses habitants n’a trouvé aucun auteur à l’insurrection. » ( extrait de Comps son territoire, son histoire par Irène MAGNAUDEIX)

Pourtant, au lendemain de l’Insurrection de décembre 1851, le Sud-est est exsangue, anéanti, abasourdi.

La répression a été d’une férocité inouïe, démesurée.

Pour notre seul département, 748 varois, dont 8 femmes, sont « transportés » à Cayenne (4) mais surtout en Algérie (744), 1 348 sont « bannis » ou emprisonnés.

En tout, ce sont 3 147 personnes qui seront condamnées.

Le 10 janvier 1852, le Préfet du Var adresse une circulaire à tous les Maires du département : « Messieurs, les emblèmes les plus respectables perdent ce caractère quand ils ne rappellent que de mauvais jours. Ainsi, ces trois mots : Liberté Égalité, Fraternité, forment par eux-mêmes une touchante devise, mais, comme on ne les a vu paraître qu’à des époques troubles et de guerre civile, leur inscription grossière, sur nos édifices publics attriste et inquiète les passants. Je vous prie, en conséquence, de donner des ordres pour faire effacer sans retard cet emblème sur tous les édifices publics de votre commune où il pourrait se trouver »

L’historien Maurice AGHULON remarque que « L’ampleur excessive de la répression aboutit à paralyser la Gauche pour dix ans et à l’enraciner pour près d’un siècle »

En 1871, le Var est uniquement représenté par des députés républicains avancés alors que la majorité du pays choisit une nouvelle fois des Conservateurs.

La légende républicaine reprend ses droits :

La référence aux événements de 1851 demeure toujours bien vivace, le culte de la République s’encre de plus en plus : en cette fin de siècle, par le nombre de monuments à la gloire de la Révolution et de la République, le Var est le troisième département de France (après l’Hérault et l’Aude).

La présence de Marianne sur nombre de places de nos communes même les plus reculées en est la preuve incontournable.

Ainsi, à Trigance, le tailleur de pierre Sibour Julien ROUVIER, réalise une curieuse mais imposante Marianne datée de l’an XXV, soit 1895… Sibour a logiquement compté l’an I à partir de 1870 date à laquelle la 3ème République a été proclamée par Léon GAMBETTA le 4 septembre, après la débâcle de Sedan et la fin du Second Empire.

Il est à noter que dans les années 1870, les bustes de Mariannes restent mal vus par les préfets demeurés conservateurs, surtout quand l’allégorie est coiffée d’un bonnet phrygien. Celle de Trigance est couverte d’un bonnet phrygien très discret…, entouré d’une couronne de lauriers.

 

Où l’on parle déjà du transfert de la préfecture

Séance du Conseil municipal du 11 Août 1861.

Monsieur le Maire (Joseph PAUL) a exposé que la ville de Toulon continuait à faire des démarches pour obtenir le transfert dans ses murs du siège de la préfecture du département du Var, actuellement à Draguignan, et a invité le Conseil municipal à donner son avis, sur cet objet.

Le Conseil municipal justement ému du préjudice que le transfert du siège de la préfecture du Var à Toulon, s’il avait lieu, causerait, non seulement à la commune de Trigance, mais encore aux deux tiers des communes du département, à cause de la distance qui les sépare de la ville de Toulon, qui est de 115 kilomètres pour Trigance, dans un pays souvent couvert de neige en hiver, et où les chemins sont interceptés, ce qui oblige les voyageurs à faire de longs détours pour trouver des chemins praticables;

Considérant que la ville de Toulon se trouve à l’une des extrémités du département, tandis que celle de Draguignan se trouve dans une position bien différente et a des droits à conserver le siège de la préfecture, mieux fondés sur l’équité et la justice que ceux que la ville de Toulon peut faire valoir, sans parler des motifs que la commune de Trigance vient d’alléguer, principalement la distance à parcourir ; Par tous ces motifs, le Conseil municipal de la commune de Trigance s’oppose au transfert du chef lieu du département du Var, à Toulon ; et prie instamment l’autorité supérieure de vouloir bien faire droit à sa demande.

1914-1918

Le 1er août 1914 la mobilisation générale est proclamée en France.

Le 3, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

L’Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées par l’Empire allemand depuis 1871 et le traité de Francfort. Ces « provinces perdues » deviennent un enjeu stratégiques et de propagande pour la France. Le 4 août, sur ordre de JOFFRE, les troupes françaises entrent en Alsace. Elles occupent Mulhouse le 8 août. Mais en Moselle, le XVème Corps se fait bousculer par les Bavarois.

« Le 20 août, autour de Moncourt, Dieuze ou Bidestroff, encouragée par un brouillard qui règne sur tout le champ de bataille, débute la grande contre-attaque allemande. L’infanterie bavaroise déferle par vagues énormes sur les positions françaises.

Le capitaine Joseph Étienne BRUN, né à Comps-sur-Artuby le 3 juin 1868, fils de Charles Martin et de Virginie Élisabeth TROIN, marié à Marie Joséphine CHAILLAN , capitaine au 141ème Régiment d’Infanterie, aura vécu là ses derniers moments de jeunesse.

Commencé en bon ordre, le mouvement de repli se précipiteCernés par l’ennemi, peu d’hommes vont réussir à s’enfuir, 1 200 soldats de la 29e Division d’Infanterie vont ainsi tomber « morts pour la France » comme Jules PASCAL de Trigance. (extrait de « La légende noire du 15ème Corps » – Maurice MISTRE)

Né le 2 octobre 1889, cordonnier, fils de Léonce Philémon et de Augustine Marie ARATAUD, Jules Alexandre PASCAL habitait rue du Portail dans l’actuelle maison du Dr UCCELLI. Bon pour le service armé, matricule 04943, il effectua son service militaire à Toulon à compter 5 octobre 1910, au titre de soldat cordonnier dès le 21 octobre 1911. Libéré de ses obligations le 25 septembre 1912 muni de son certificat de bonne conduite, il fut rappelé le 2 août 1914 et incorporé au 111ème R.I. d’Antibes.

«Soldat dévoué et plein d’entrain. Tué glorieusement à son poste de combat le 20 août 1914 à Dieuze. Croix de guerre avec étoile de bronze ».

Disparu à Dieuze selon l’avis ministériel du 10 février 1917, il ne sera déclaré décédé que le 14 janvier 1921 par avis à la mairie de Trigance. Un secours de cent cinquante francs fut payé le 7 mars 1917 à Madame veuve PASCAL (sa mère) née ARTAUD.

Henri Marius ROUVIER, né le 14 juillet 1891 à Trigance,, cultivateur, orphelin, avait comme tuteur Jules PASCAL. Incorporé au 111ème R.I., il aura plus de chance que son tuteur dans un premier temps, puisque lui, sera fait prisonnier ce 20 août 1914 à Dieuze. Interné à Grafenwöhr (en Bavière), puis à Pucheim (Bavière) par avis ministériel du 19 avril 1916, hospitalisé en Suisse le 10 juillet 1917 (avis ministériel du 18 août 1917), il sera rapatrié le 20 novembre 1917, (avis ministériel du 5 décembre 1917), il finira par être évacué sur l’hôpital auxiliaire n°121 à Marseille le 28 janvier 1918 où il décédera le 22 juin 1918 suite à une maladie contractée en captivité, selon l’avis ministériel du 17 juillet 1918.

Quelques jours plus tard, Louis GIREL, né à Rougon au hameau d’Entreverges le 10 mars 1890, fils d’Eugène Honoré et d’Émilie GUICHARD, rengagé le 25 octobre 1913 pour deux ans, incorporé au 163ème R.I. sera porté disparu le 29 août 1914 à Anglemont dans les Vosges – présumé blessé – et déclaré décédé par avis du 22 septembre 1916

Enfin, Léon BLANC, né à Trigance le 12 juin 1881, incorporé lui aussi au 111e R.I., décédera à l’Hôpital mixte de Bar le Duc le 6 novembre.

L’échec de la bataille des frontières conduit le général JOFFRE à ordonner le repli des ses armées à la fin du mois d’août. Alors que les armées allemandes se rapprochent dangereusement de Paris, une bataille décisive va s’engager dans la Marne et permettre de renverser le cours de la guerre. Le 12 septembre, les troupes allemandes repassent la Marne pour se retrancher sur l’Aisne.

C’est lors de cette bataille qu’Augustin Marius ROUVIER, né à Rougon le 5 septembre 1878, incorporé au 27ème B.C.A. disparaîtra le 30 sept. 1914 à Vic sur Aisne (il sera déclaré décédé le 24 juin 1917…)

Le camp retranché de Verdun demeure l’objet des convoitises allemandes qui se traduiront de septembre à la fin novembre 1914, par plusieurs tentatives notamment dans le secteur de la plaine de la Woëvre et du récif calcaire des Hauts de Meuse.en vue d’arracher ce pilier de la défense française.

Dans le secteur de Chauvoncourt, Baptistin Gastaud Jean-Baptiste CARBONNEL né le 8 mars 1877 à Trigance, (la famille partira s’installer à Comps), incorporé au 311ème R.I., sera porté disparu le 26 septembre 1914.

Culminant à 956 m d’altitude, le Hartmannwillerkopf , le « Vieil Armand », (surnom dérivé de la francisation du village de Hartmannwiller, appelé aussi « HWK », est une position stratégique qui domine la plaine d’Alsace et la trouée de Belfort. Au mois de janvier 1915, les Allemands font monter canons et mortiers de tranchée, sous la neige. A partir de février, le Vieil Armand devient l’enjeu de combats acharnés entre Allemands et Français.

C’est là que prendront fin les existences de Paulin, Marius ANTELME, né à Trigance le 16 septembre 1881. Célibataire, il habitait à Fontaine Basse ou La Bastié (selon André Rouvier). Fils de Avit Frédéric et de feu Valérie Thérèse ANTELME domicilié à Trigance, matricule 737, incorporé au 7ème Bataillon de Chasseurs Alpins, tué le 17 février 1915 à 8h00 sur la commune de Wattwiller (aujourd’hui réputée pour son eau de source…)

et de Lucien Stanislas AYCARD né à Trigance le 6 août (9 mai ?) 1880, habitant en lieu et place du restaurant le Cafoucho, incorporé lui aussi au 7ème B.C.A. disparu le 3 mai 1915 sur la commune d’Hartmannwiller.

Une route d’accès au front est aménagée en raccordant, entre autres, des chemins forestiers entre Kruth et Mittlach par le col du Herrenberg et le Breitfirst.

Marcellin Joseph LAUGIER né à Trigance le 13 juin 1874, père de Louis de Giravail où il possédait une maison, fils de Justin et de Marie Agnès AYCARD, incorporé au 5ème Bataillon Territorial de Chasseurs, y trouve la mort le 12 juillet 1915 à 21h00 à Kruth, dans le bois au-dessous de la route de Sondernach (dans la vallée de Munster).

Plus au nord, le 9 mai 1915, tout le front de l’Artois s’embrase. Les Français du 33ème Corps d’Armée sous les ordres du général PETAIN, partent à l’attaque d’un front d’une dizaine de kilomètres entre Roclincourt et Notre-Dame-de-Lorette : « Le plateau de Lorette, le ravin de Souchez, les plaines boueuses de Neuville-Saint-Vaast furent des charniers humains où presque tous les corps vinrent à leur tour apporter leur tribut de chair humaine » (extrait des carnets de guerre de Louis BARTHAS).

Eugène Marcelin LIONS né à Trigance le 11 janvier 1887, cultivateur, fils de Jules Jean-Baptiste et de Marie AYCARD, incorporé dans la 7ème Compagnie du 153ème Régiment d’Infanterie avec lequel il participa à la bataille de Morhange les 19 et 20 août 1914 et à la première bataille d’Ypres en octobre 1914, sera tué à l’ennemi le 15 juin 1915 à Neuville Saint Waast dans le Pas de Calais (Avis officiel le 17 mars 1916).

Comment passer sous silence Éloi Julien FABRE, certes né à Comps-sur-Artuby le 19 novembre 1878, mais domicilié à Trigance, fils de Jacques et de Marie Pélagie LIONS domiciliés à Trigance, matricule 1136, incorporé dans un premier temps au 15ème Escadron du Train des Équipages militaires, puis versé au 173ème RI engagé en Champagne , mort dans l’ambulance n°3 à Braux-Sainte-Cohière (Marne) le 27 juin 1915 à 15h00

De février à décembre 1916, Verdun va être au cœur de la plus terrible bataille de la Première Guerre mondiale.

Antoine BERNARD, fils de Pierre Maurice et de Rose Anastasie ROUVIER, cavalier au 3ème Régiment de Hussard du 22 février 1915 au 20 mars 1918, eut la chance de revenir de cet enfer et de pouvoir témoigner :

« En février 1916, étant au repos à Revigny, prés de Verdun, je suis désigné, avec deux Corses, pour faire la circulation sur la voie du train « Le Meusien ». C’est là que nous appris la haine que les soldats français du nord portaient aux soldats méridionaux.

Des soldats du Nord du 1er Corps d’Armée, 1er Régiment d’Infanterie, entrent dans le café proche de la voie. Et ils se mettent à accabler les soldats du Midi. Le Corse voulait tous les tuer. Heureusement, je le retiens et nous ne nous montrons pas. Un frère du Corse avait été tué peu de temps auparavant. Cette haine n’était pas justifiée : un général méridional avait trahi à St.Dié avec une partie de son armée qui, paraît-il, était composée de méridionaux. On ne sut pas exactement d’où étaient les soldats traîtres. Pendant toute la guerre les soldats du Midi seront détestés par les populations, les soldats et les officiers.

Nous ne disions jamais que nous étions des provençaux… »

Antoine BERNARD fut cité à l’ordre le 9 février 1919 : « Cavalier brave et dévoué au front depuis le 22 avril 1915. S’est particulièrement distingué au cours de reconnaissances dans la Woëvre en mars 1916 et comme estafette à Craonne en octobre 1917. »

Intégré à la 65ème Division d’Infanterie, le 312ème RI, dans lequel a été incorporé Albert CARBONNEL, est impliqué dans les combats qui se déroulent vers Chattancourt, célèbre pour sa tranchée, entre le 4 juin et le 29 septembre 1916. Albert, Robert, Alexandre CARBONNEL est né le 30 juillet 1889 à Trigance où il habitait quartier du Priola (maison aujourd’hui en ruine). Exerçant la profession de charretier, il était le fils de feu Honoré et de Marie MAURIN. Il avait d’abord été classé « affecté spécial de la Compagnie des Chemins de Fer de PLM », puis affecté au 111ème Régiment d’Infanterie de Toulon, avant d’atterrir au 312ème R.I. . Il participe en novembre 1914 à diverses attaques françaises vers Chauvoncourt lors de la bataille de Woëvre. Du 5 juin 1915 au 20 mai 1916, sa Division occupe le secteur de Regniéville-en-Haye et Fey-en-Haye en Meurthe-et-Moselle. C’est là qu’il est nommé caporal le 18 novembre 1915. Du 4 juin au 29 septembre le 312ème R.I. est engagé dans la bataille de Verdun vers Chattancourt et la Hayette. C’est au cours de l’attaque allemande du 15 juin qu’il sera mortellement atteint. Il sera déclaré « tué à l’ennemi »le 24 juin 1916 à Fromeréville à 10 km de Verdun sur la rive gauche de la Meuse.

Marcellin, Henri GAYMARD (orthographié GAIMARD sur livret matricule), est né à Trigance au hameau de Soleils le 17 mai 1888. Classe 1908, charretier, il est le fils d’Auguste et de feu Clovis Zoé ANTELME domicilié à Trigance. Incorporé au 22e Régiment d’Infanterie Coloniale dans la 2ème Cie de Mitrailleuses dès le 3 août 1914 , matricule 06354, il participera à la bataille de la Marne entre le 6 et le 11 septembre 1914, à l’offensive de Champagne en 1915, et à la bataille de la Somme en 1916.

Fin 1916, le général NIVELLE, qui remplace JOFFRE à la tête des armées françaises croit pouvoir réaliser une percée décisive dans l’Aisne. Il choisit pour son offensive le Chemin des Dames, un secteur alors réputé calme parce qu’imprenable… En 48h, le plan de NIVELLE prévoyait que les premières vagues étalées sur un front de 30 km devaient atteindre Laon, soit une avance sous un feu roulant d’artillerie de près de 100 m toutes les 3 minutes ! Et pourtant, le 16 avril 1917, à 6h du matin, des centaines de milliers d’hommes se lancent à l’assaut des pentes du plateau. Marcelin GAYMARD sera tué au combat de Laffaux ce 16 avril 1917 à 10h00. Rozin GIREL, né à Rougon dans le hameau d’Entreverges le 1er sept. 1897, berger, fils d’Eugène et d’Emilie GUICHARD, incorporé au 267ème R.I., sera tué lui, le 30 avril 1917 dans secteur du choléra près de Berry-au-Bac toujours au Chemin des Dames, prés de Craonne.

Le plateau de Californie constitue la partie orientale du Chemin des Dames dominant le village de Craonne. C’est là qu’est située entre le plateau des Casemates et celui de Californie la tranchée des Sapinières. Plusieurs fois prise et reprise, elle reste au coeur des combats pendant tout le reste de l’année jusqu’au repli allemand du 2 novembre. Fernand Firmin André Marius CARTIER (parent avec la mère de Jean BLANC), né le 12 décembre 1896 à Trigance où il habitait au quartier de la Graou, incorporé au 23e B.C.A., attendra le 21 octobre pour y être lui aussi tué à l’ennemi.

Enfin, Sylvain, Albin ROUVIER né à Trigance le 6 novembre 1897 (matric.7041), cultivateur, fils de Louis Victor et de Noémie TURREL domiciliés à Trigance, incorporé au 24ème B.C.A. dans la 9ème Compagnie, sera tué d’un éclat de grenade près de la ferme du Panthéon à l’ouest du Chemin des Dames près de Pargny Filain le 23 octobre 1917.

Cette même année, incorporé comme matelot 2ème classe, mécanicien, Léon Hippolyte Michel GIRAUD qui vit le jour à Trigance le 8 mai 1892, voisin et grand ami de Jules PASCAL puisqu’il habitait la maison de Gilles LIONS (son petit neveu, petit fils de Rosa sa sœur) en montant de la rue du portail vers la place Giraud, disparut en mer au large de Port-Vendres, le 6 septembre 1917 dans la perte du chalutier «Jeanne I» coulé par abordage accidentel avec le vapeur anglais «Kintack». Une plaque émaillée avec son portrait figure sur un mur de l’église Saint-Michel.

L’année 1918 est marquée par une série d’offensives allemandes, entre le 21 mars et le 5 avril en Picardie, le 27 mai dans l’Aisne et en Champagne. Elles seront suivies de contre-offensives alliées entre le 15 et le 31 juillet lors de la deuxième bataille de la Marne et en septembre-octobre avec les offensives américaines dans la Meuse et en Argonne.

Jules, Albin GUICHARD est né à Trigance le 30 mars 1894 (classe 1914). Cultivateur, il habitait au hameau de Soleils, (à priori la maison de Jacky Blanc ou à côté), fils de Victor et d’Augustine LIONS. Matricule 436, il est incorporé au 367ème RI dans la 14ème Compagnie. Depuis avril 1916 le 367ème R.I., rattaché à la 73ème Division, est engagée dans la bataille de Verdun. Évacué une première fois le 12 septembre 1917 pour maladie, Jules rejoint le corps le 16 janvier 1918. Le 27 août 1918, il est blessé d’un éclat d’obus dans le secteur du bois des Merliers à l’ouest de Boureuilles dans la Meuse.

Il décédera des suites d’une fracture compliquée de la cuisse gauche considérée comme inopérable à l’hôpital d’évacuation de Fleury sur Aire, le 27 août, à 15h00. Il est inhumé au cimetière militaire de Rembercourt aux Pots (arrondissement de Bar-le-Duc) le 1er mai 1922, tombe 959 PV 7896.

Louis Félicien RICARD, et son menton à fossettes, est né lui aussi à Trigance le 19 août 1892. Parent de Georges NEGRI, il est le fils de Louis RICARD, frère d’Augustine GIRAUD, et de Marie JAUFFRET domiciliés à Trigance. Cultivateur, célibataire, il habitait la Colle, (une maison aujourd’hui en ruine, « chez Nathalie »).

Classe 1912 il fut incorporé au 23ème Régiment d’Infanterie Coloniale et sera de tous les combats de ce régiment. Pour preuve : il est blessé dès le 9 septembre 1914 à Malancourt dans la Meuse d’un éclat d’obus dans les deux cuisses. Une deuxième fois en Argonne le 18 août 1915 d’un éclat de crapouillot (mortier de tranchée) dans la tête.

Aura-t-il eu l’occasion de rencontrer Louis RIMBAULT, membre de la bande à BONNOT, incorporé dans ce régiment en 1915 ?

Quoiqu’il en soit, il fut blessé une troisième fois à Salonique le 18 octobre 1915 par un éclat d’obus à l’épaule et à la cuisse droite.

Fin septembre 1918, le dégagement définitif de Reims commence. Les Allemands évacuent leurs batteries d’artillerie lourde dans la nuit du 4 au 5 octobre. Les forts de Berru, de Brimont et de Nogent-l’Abesse tombent aux mains des troupes françaises. Mais Félicien RICARD ne verra jamais Reims libérée. Le 5 octobre 1918, il trouve la mort à Nogent-l’Abesse entre Berru et Prunay.

Le lendemain, 6 octobre 1918, Appolinaire Louis ROUVIER né le 23 juillet 1881 à Trigance, grand père de feu Guy ROUVIER, habitait Rocabrier. Matricule 116, il est incorporé au 15ème C.O.A. (Section de Commis et Ouvriers militaires d’Administration) est déclaré « mort pour la France » à l’hôpital de Toulon des suites d’une maladie contractée aux Armées : tuberculose pulmonaire

De la même façon, Joseph Marcellin AYCARD né le 12 février 1878 à Trigance, incorporé au 5ème Bataillon Territorial de Chasseurs est décédé d’une pneumonie grippale le 5 février 1919 à l’hôpital militaire Villemanzy à Lyon (fermé en 1945). Il habitait la maison où se trouve le restaurant le Cafoucho (?).

Quant à Pons Angelin LIONS né le 11 mai 1872 à Rougon, cultivateur, fils de feu Hippolyte et de Marie HERMELLIN, pourtant envoyé en congé le 25 septembre 1894 en attendant son passage dans la réserve le 1er novembre 1896 au RI de Digne, puis ajourné pour faiblesse en 1910, dispensé, ses frères étant morts aux services, et renvoyé provisoirement dans ses foyers le 31 août 1914. Il fut rappelé à l’activité au 145ème Régiment Territorial d’Infanterie le 25 septembre 1914, avant de passer au 46ème Régiment Territorial d’Infanterie le 22 novembre 1915. Détaché à l’atelier de construction le 6 juin 1916, passé à la Poudrerie Nationale de Toulouse le 30 juin 1916, il est incorporé au 10ème Régiment d’Artilleurs à Pied le 27 juillet 1917 puis au 7ème Bataillon de Chasseurs le 10 novembre 1917. Envoyé le 22 janvier 1919 sur le 7ème Bataillon de Chasseurs pour être mis en congé illimité de démobilisation, il décède le 17 août 1919 à l’hôpital de Castellane.

Enfin, Félicien François Joseph BERNARD né le 10 octobre 1898 à Trigance, cultivateur, fils de Pierre Maurice et de Rose Anastasie ROUVIER fut dans un premier temps ajourné pour insuffisance de développement le 20 janvier 1917. Il est incorporé à compter du 18 avril 1918 au 403ème R.I. Le 27 mai 1918 il participe, avec son régiment, à la seconde bataille de la Marne puis, dans l’Aisne, tente de résister à l’offensive allemande. Le 403ème, comme le 410ème, opposeront une vive résistance avant de reculer depuis une ligne Terny-Sorny-Juvigny jusqu’à Fontenoy aux alentours de Soissons.

Incorporé le 7 juillet 1919 au 34ème RI. puis au 1er R.I. Coloniale le 19 juillet 1919 . Il décède le 16 octobre 1920 à l’Hôpital de Saint Mandé.

(voir aussi  la rubrique Musées et Edifices “Monument aux morts  guerre 1914-1918”)

De l’Occupation à la Libération

La population de Trigance est de 164 habitants en 1942 (185 en 1936)

Prisonniers de guerre sont au nombre de 5 ; aucun requis au STO ; aucun mort.

Aux élections législatives de 1936, la SFIO a obtenu 43 suffrages contre 2 à la droite.

« Niché au-dessus du plateau et des vallées, ce beau village reste longtemps à l’écart comme la plupart des communes du secteur. Les Italiens n’y viennent jamais et les Allemands une fois, fin juillet 1944. Plusieurs réfractaires ou des «étrangers» s’y cachent. La présence des maquis – AS ou FTP – en 1944 le raccrochent aux événements qui bouleversent le monde. Les FTP sabotent la ligne à haute tension le 1er avril 1944. Alors que les maquis sont dans les environs, les Allemands patrouillent en juillet. Au moment de la libération, le 15 août, le pont de l’Artuby est bombardé par les Américains.

Les responsabilités municipales restent dans les mêmes mains. Le maire, Dossolin, réélu au printemps, démissionne cependant le 26 août 1945. » (Jean-Marie GUILLON – «La Résistance de A à Z»)

Séance du Conseil municipal du 17 juin 1945 :«Au lendemain de la Victoire, le Conseil Municipal de la Commune de Trigance, soucieux de voir poursuivre sans faiblesse et sans complaisance l’épuration de la France.

Considérant que cette épuration doit être accélérée notamment contre les inspirateurs et les chefs de la collaboration.

Considérant que le rétablissement de la moralité publique exige qu’ils soient les premiers et les plus lourdement frappés.

En conséquence et après avoir délibéré il demande qu’en premier lieu l’usurpateur soit jugé sans délai par la haute cour de justice et reçoive le châtiment que mérite ses actes.»

(voir la date du 14 juin 2002 et la rubrique Musées et Edifices “Plaque commémorative de Louis Dominique CASTILLON

De l’après-guerre à aujourd’hui

Lors de la Séance du 20 avril 1953, le Conseil municipal (dans lequel étaient présents MMr LIONS Marcel, ROUVIER Frédéric, LIONS Louis, PASCAL Isidore, ROUVIER Albert, DOSSOLIN Adrien. Sous la présidence de Mr DOSSOLIN Louis) « Après contact avec le Directeur de l’École,

Décide d’acquérir un apareil cinémathographique (sic) désigné sous le nom de l’Image lumineuse au prix de 95 960F à prendre sur la subvention allouée à cet effet»

De même, le 2 Mars 1954

«Mr le Président (ROUVIER Albert, Maire) expose à l’assemblée (DURIEZ Marius, DOSSOLIN Louis, PASCAL Isidore, ROUVIER Félicien, DEMANDOLS Louis, TROIN Edmond, ROUVIER Frédéric, LIONS Louis, AYCARD Emilien, AYCARD Albert) qu’il y aurait lieu d’acheter une machine à écrire pour les besoins du service et demande au conseil de vouloir bien voter la somme de 46 237F à prendre sur les fonds libres de la commune.»

Et le 24 Mai 1955

«Le Président (ROUVIER Albert, Maire) fait part à l’assemblée (DURIEZ Marius, DOSSOLIN Louis, PASCAL Isidore, ROUVIER Félicien, DEMANDOLS Louis, TROIN Edmond, ROUVIER Frédéric, LIONS Louis, AYCARD Emilien, AYCARD Albert) qu’une souscription nationale est en cours destinée à édifier le Mémorial de la déportation dans le camp de Stucthof en Alsace (Camp de concentration Natzweiler-Struthof) et demande au conseil municipal de voter une subvention pour ériger le mémorial.

Le conseil vote à l’unanimité la somme de 1000F.»

   

L’entrée du camp du Struthof et le mémorial auquel la commune de Trigance a participé

Le 1er novembre 1954, l’insurrection dans les Aurès est le point de départ de la Guerre d’Algérie, longtemps appelée « événements d’Algérie »…

Il faudra attendre les accords d’Evian du 18 mars 1962 pour mettre fin au conflit et le 3 juillet pour que la France reconnaisse l’indépendance de l’Algérie.

Quatre trigançois y brûlèrent quelques précieux moments de leur jeunesse.

Le château, livré à l’autorité anarchique de la végétation, a servi de carrière de pierres pour bâtir, sinon les maisons du village, du moins les encadrements des portes et des fenêtres.

Malgré l’œuvre du temps, et plus encore des hommes, l’édifice, devenu bien communal, restait néanmoins imposant dans la mélancolie de ses ruines…jusqu’à ce qu’il soit réhabilité dans les années 1960.

M. et Mme HARTMAN, un couple de commerçants, installés au Luc (Var) furent séduits, au hasard de leur promenade dans les Gorges du Verdon, par le village et le château.
C’est alors qu’ils conçurent un projet fou: entreprendre la rénovation de ce formidable amoncellement de pierres pour le transformer en hôtel-restaurant. Après avoir passé un bail emphytéotique d’une durée de 99 ans avec la municipalité, ils procédèrent à de longs travaux, d’une ampleur colossale mais avec des moyens artisanaux. Quelques 900 tonnes de pierres seront ainsi remuées.

À force de travail et de courage, après trois années d’acharnement, les pierres du château renaissent à la vie. Même si toutes les ruines ne sont pas relevées, l’hôtel ouvre ses portes en 1964. Le pari est gagné, un premier pas est franchi pour sauver le monument de l’abandon, de l’oubli.

Au début de l’été 1968, le Secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse et des Sports, Joseph COMITI , vient inaugurer la nouvelle route du château…

 

La deuxième étape est assurée par un nouveau couple, M. et Mme THOMAS, qui vont poursuivre les travaux, en particulier la tour sud-ouest, jusqu’alors ensevelie, sera entièrement reconstruite, et reliée aux autres par un mur orné de créneaux.

Çà et là, des restaurations, des améliorations, des constructions sont effectuées avec goût dans le respect de l’architecture d’antan. La demeure seigneuriale retrouve ainsi ses lettres de noblesse.
Redevenu fleuron du patrimoine Trigançois, et se posant désormais en agent économique porteur, le château, toutes proportions gardées, a contribué au renouveau de l’essor touristique du village dont il est une des vitrines et l’un des hauts lieux gastronomiques.

Malheureusement pour certains d’entre vous qui souhaiteriez le voir de plus près, le château ne se visite pas.

Le camp de Canjuers est inauguré en 1970

D’une superficie de 35 000 hectares, situé à 24 kilomètres au nord de Draguignan, le polygone de tir de Canjuers doit, selon l’objectif du gouvernement, permettre l’instruction, les manœuvres interarmées et devenir l’un des plus grands camps d’entraînement militaire d’Europe.

Le choix de Canjuers s’impose pour le préfet de l’époque en raison de sa «faible densité humaine au kilomètre carré, dans une région à faible potentiel économique. Cette densité le situe entre le tiers et le dixième de celle des causses du Larzac et du causse Méjean»

En juillet 1989 la France commémore le bicentenaire de la Révolution française.

A Trigance, un arbre de la Liberté est planté dans la cour de l’école en présence du Maire Julien VARAGNAC et du Conseil général Max DEMARIA.

L’arbre de la Liberté 32 ans après

Auparavant, le 5 mai 1989, une délégation d’enfants de l’école avait été envoyée à Draguignan pour participer à la remise des cahiers de doléances dans la grande salle du Conseil général.

L’année 1997 voit la création du Parc Naturel Régional du Verdon le 3 mars sur la base d’un réseau écologique européen imposant des contraintes de protection des paysages, de la faune et de la flore…, et le 19 octobre de la même année, une Journée pour des alternatives aux lignes à haute tension rassemble à Trigance plusieurs centaines d’opposants à la ligne THT de 400 KV entre les postes de Boutre et de Broc-Carros.

 

Le 14 juin 2002 a lieu la pose de la plaque à la mémoire de Louis CASTILLON

   

Intervention du Maire de Trigance, Bernard CLAP :

« Messieurs les élus

Messieurs les anciens combattants et résistants

Chers Concitoyens

Nous sommes rassemblés aujourd’hui pour commémorer la mémoire de Louis Dominique CASTILLON, enfant de ce village, et de ce haut-pays varois chargé d’histoire républicaine.

Le 9 août 1922, Louis DOSSOLIN, Maire de Trigance, enregistre la naissance de Louis Dominique CASTILLON, fils de Louis CASTILLON Receveur des Postes et, d’Elisabeth LIONS, fille de Louis LIONS dit « Parrain Julian ».

A l’évocation de ces noms, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour Alice AUDIER qui n’aurait pas manqué d’être parmi nous aujourd’hui.

De 1933 à 1942, le jeune Louis, va poursuivre, au Lycée de Lorgues, de brillantes études qui le destinent à une carrière d’ingénieur. En 1943, il est surveillant dans ce même lycée, alors que son père, arrêté en décembre 1940 pour ses opinions politiques, est interné à la prison St. Sulpice-la –Pointe près de Toulouse.

Réfractaire au Service du Travail Obligatoire, Louis refuse de convoyer les camarades de son âge pour ces départs. Recherché, il opte pour la clandestinité. Après un bref passage à Trigance, en avril 1943, le contact avec un groupe de résistants de St. Zacharie arrive trop tard. Il est arrêté et envoyé dans un camp disciplinaire en Allemagne, près de Magdebourg, dans les mines de sel.

Accusé de sabotage par les nazis, il va subir d’affreuses tortures et souffrances physiques tout au long de sa déportation.

Il est libéré par les Américains le 15 mai 1945, après deux années de calvaire.

Très affaibli par la tuberculose et les mauvais traitements des médecins, il ne peut être rapatrié en France. Sans nouvelle de sa famille, de son père qu’il croit disparu, il meurt d’épuisement dans ce camp le 25 mai 1945, à l’âge de 23 ans, huit jours après sa libération. Il est enterré au bord d’un chemin par des prisonniers de guerre italiens.

Entre temps son père, rentré de Buchenwald le 1er mai 1945, apprenant où se trouve son fils et l’extrême gravité de son état, repart aussitôt le chercher. Un compagnon de déportation, Marcel DASSAULT, lui proposera même d’affréter un avion spécial. Mais, après bien des péripéties, et malgré tous ses efforts, il arrivera trop tard.

Le corps de Louis Dominique CASTILLON ne sera rapatrié qu’en 1951 et enterré à Villecroze dans le caveau paternel au cours d’obsèques nationales.

Maire de ce village, je parle au nom de tous mes Citoyens, ému de dire la reconnaissance du village et de la nation, à ces hommes de l’ombre qui se sacrifièrent pour leurs convictions, eux qui ont marché sur le chemin de la Liberté au prix de leurs vies, sans demander gloire ou honneur, mais pour défendre une identité démocratique et notre sol, contre la dictature la plus sanglante de notre histoire. Louis CASTILLON, pour notre commune, est le symbole de ces Français acteurs de la Résistance.

Symbole d’un peuple qui refuse la violence institutionnalisée, la pire de toute. Symbole de ces milliers de Français prisonniers des nazis et morts dans des souffrances atroces.

Symbole de cette France combattante, de cette époque sanglante.

A ceux qui pourraient penser : « A quoi bon revenir sur le passé, à quoi cela sert t-il ? », je demanderais de méditer sur cette phrase du poète René CHAR, lui-même grand résistant :

« Ceux qui viennent au monde pour n’y rien changer, ne méritent ni égard, ni patience »

L’histoire permet de se construire une identité fondée sur la conscience, de s’inscrire dans un héritage, te de participer à l’aventure d’un espace commun à tous les hommes.

En ces périodes troubles où l’histoire semble s’oublier, il est de notre devoir de continuer à célébrer et entretenir la Mémoire de ces Anciens qui surent placer leur idéal avant leurs intérêts particuliers.

Si le repli sur soi apparaît voué à l’échec, l’attirance pour notre Midi ne doit en aucun cas effacer la mémoire, toute la mémoire d’un pays. Respect des paysages, respect des noms, respect des lieux, mais aussi, respect des engagements passés.

C’est un des rôles citoyens que je vous invite à tenir à travers cette commémoration.

Je vous propose de parcourir dans quelques instants, l’exposition réalisée par les Anciens Résistants avec beaucoup de recueillement et de dignité.

En Mémoire à Louis Dominique CASTILLON, mort pour la France, je vous demande une minute de silence ».

Illustré, entre autres, par les parcours admirables d’Ernest MAUREL de 1937 à 1940, puis de 1945 à 1970, ou, de Max DEMARIA de 1985 à 2007, année de son décès, le canton de Comps-sur-Artuby demeurera ancré à Gauche depuis l’élection du Républicain Honoré SENGLAR en 1877 jusqu’à sa dissolution, le 29 mars 2015.

Il est aujourd’hui partagé entre deux intercommunalités, la DPVA (CA Dracénie Provence Verdon) et la CCLGV (CC Lacs et Gorges du Verdon) dont Trigance fait dorénavant partie.

(Voir rubrique aussi  “Vie citoyenne” La Mairie et les Elus)

Carte des Intercommunalités du Var

 

Carte des nouveaux cantons du Var et Conseillers départementaux du cqnton n°4 de Flayosc

   

Carte des Circonscriptions du Var – Résultats dernières élections législatives

 

 

 

 

 

 

Petite histoire de la population de Trigance…

La Population de Trigance

Vous allez vous promener dans les rues de Trigance du XXIe siècle, nous allons vous en dire un peu plus sur sa population…
Savez-vous que les Trigançois sont actuellement 200 répartis dans le village et les hameaux ?


Mais auriez-vous imaginé
qu’en 1836, ils étaient 672,
qu’en 1872, 504,
qu’en 1926, 223 (grande guerre oblige !) ;
Trigance a touché le fond en 1967 avec 96 habitants.

Au fil de votre promenade, vous allez voir les façades de quelques commerces essentiels (bar, boulangerie, épicerie), vous allez apprendre que vous pouvez loger et manger dans plusieurs établissements de tous niveaux, et vous allez musarder dans quelques boutiques d’objets superflus ! Vous pourrez également profiter des services d’un plombier, d’un maçon et d’un électricien.

Pas mal me direz-vous pour un si petit village !

Mais Trigance a fait mieux :
En 1851, il y avait dix tisserands, trois tailleurs d’habits, trois couturières, un cardeur de laine et dix cordonniers (les chaussures ne devaient sans doute pas durer longtemps !)
Ils étaient huit à se partager les commerces alimentaires -dont un seul cabaretier.
Dans le “bâtiment”, on comptait trois maçons, un peintre, deux tuiliers.
Dans “l’administration” (civile et ecclésiastique confondues) un instituteur, deux employés communaux, un garde-champêtre et un garde forestier, un ecclésiastique, un sonneur de cloches et…… un ermite  !

Sans compter plusieurs agriculteurs, 4 maréchaux-ferrants, un scieur en long et, pour conclure, un fossoyeur !